Françoise Lerusse trouve sa voie dans le chaos de Bangkok

Françoise Lerusse vient de publier son deuxième livre de photographies (*). Cet ouvrage auto-édité est une très belle réussite.

Passionnée de photographie urbaine, Françoise Lerusse a voulu traduire en images son ressenti devant Bangkok, la capitale thaïlandaise, découverte lors d’un premier voyage en 2017. « La première impression est celle d’étouffement, d’écrasement, de chaos », explique-t-elle dans son texte d’introduction. Dans cette mégapole asiatique, en effet, tout — immeubles, infrastructures, véhicules, panneaux, boutiques, population se déplaçant par tous les moyens — participe à un invraisemblable enchevêtrement de lignes, de volumes, de couleurs. L’ensemble dégage une énergie constante et incontrôlée. Et sur tout cela se greffe une épouvantable pollution, environnementale et sonore. Autant d’éléments que la photographie, par essence, a du mal à traduire.

Tenter de relever ce défi en tant que photographe, c’était donc partir d’un redoutable constat : rien, dans le désordre de Bangkok, ne permet a priori de structurer ce qu’on voit pour en sortir des images. Pas le moindre vide ou espace pour organiser la vision.

Faute d’une lisibilité immédiate, comment rendre compte alors de cette confusion, de cette exubérance,, de cette agitation protéiforme?

© Françoise Lerusse

Animée d’une répulsion-fascination devant ce spectacle, la photographe a choisi, dit-elle, de suivre ses émotions. En jouant des et avec les reflets, en suivant les lignes et en composant habilement avec les formes, elle nous fait entrer dans cet extrordinaire bouillonnement. Le premier choc visuel passé, on se prend à trouver un semblant de sens, des directions qui guident l’oeil et qui font pénétrer plus avant dans l’enchevêtrement des matériaux et des humains.

© François Lerusse

La couleur vient à l’appui pour distinguer les formes et les êtres qui tracent leur chemin sur une invraisemblable accumulation à la verticale comme à l’horizontale. On regarde attentivement et on réalise qu’on est au-delà d’un rendu purement documentaire et qu’on se trouve en présence d’un projet réellement esthétique. Et on finit par décèler cà et là, devant le béton et à côté des signes, de subtiles touches de poésie.

Photographe belge partageant son temps entre trois pays, Françoise Lerusse se consacre depuis quelques années à la photographie après un parcours dans le journalisme audiovisuel et la publicité. Passionnée d’arts plastiques, intéressée par les villes, elle apprécie par ailleurs des horizons plus paisibles ou la douceur des vieux villages tels ceux du Var, où elle a trouvé le sujet de son premier livre, Dans les plis du vieux village.

Françoise Lerusse a accumulé elle aussi, à travers ses expériences passées, ses connaissances artistiques et le savoir-faire acquis au travers de ses formations, les atouts qui lui permettent d’exprimer par la photographie sa sensibilité. Tout cela a fait de Chaos un travail très personnel. Françoise Lerusse a superbement relevé son défi.

De format modeste, l’ouvrage est intelligemment conçu, imprimé sur un papier Munken Polar semi-mat judicieusement choisi pour ce propos.

Ce livre est à commander sur le site de Françoise Lerusse. 25 €, frais d’envoi inclus.

(*) Chaos. Françoise Lerusse. Postface de Mélanie Huchet. Direction artistique et mise en pages de Raphaël Lévi. Format : 150 x 200 mm, 68 pages. 28 photographies couleur. Imprimé par Yenooa.

Albert Watson, un maître de la créativité photographique

Andy Warhol, New York, 1985
© Editions Eyrolles

Né en 1942 à Edinburgh (ou Edimbourg, Ecosse), Albert Watson est l’auteur de photographies emblématiques créées depuis plus de 50 ans. La palette de son travail est très large, des portraits intimes à la photo de mode en passant par des paysages spectaculaires et des natures mortes. Watson est notamment l’auteur d’affiches de films, d’innombrables couvertures pour Vogue, Rolling Stone et Time ainsi que d’un calendrier Pirelli. Photographe des célébrités, ses campagnes publicitaires pour Chanel notamment lui ont valu le succès dans le milieu. Son portrait de Steve Jobs fit en 2011 la couverture de la biographie autorisée de l’entrepreneur.

Watson expose sa vision de la photographie dans le deuxième volume de la série Masters of photography que viennent de publier les Editions Eyrolles (*). Ce livre fait suite à celui consacré à Joel Meyerowitz dont nous avions rendu compte ici lors de sa parution en février 2020.

Masters of Photography s’est donné pour projet de faire appel aux plus grands photographes pour qu’ils nous guident et nous transmettent les enseignements de leur pratique. Pas d’exposés trop techniques mais plutôt des « leçons » (si on veut bien comprendre qu’il n’y a rien de rébarbatif dans le terme) dans lesquelles les maîtres exposent, dans des vidéos comme dans de séduisants petits livres, leurs méthodes et leur approche de la photographie. Les vidéos des Master Classes de Joel Meyerowitz, d’Albert Watson et de Steve McCurry sont disponibles en français sur: https://maitres.photo/

Dans ce livre et cette masterclass, Albert Watson dévoile notamment comment il a réalisé quelques-unes de ses photographies les plus célèbres dont son portrait d’Alfred Hitchcock destiné au magazine Harper’s Bazaar (1973). Le cinéaste, par ailleurs excellent cuisinier, devait y partager une recette pour Noël. Sur ce cliché pris à l’encontre des attentes initiales de son client mais jouant sur la personnalité et la réputation du cinéaste, le maître du suspense tient une oie déplumée par le cou comme s’il venait de l’étrangler.

Alfred Hitchcock and goose, 1973. © Albert Watson

Très sollicité par les magazines de beauté et de mode, Watson fit poser la jeune Kate Moss en lumière et en tenue toute naturelle pendant une longue journée au soleil du Maroc. Ce n’est qu’à l’issue de la séance que son modèle lui apprit qu’elle fêtait ce jour-là son 19è anniversaire. L’acteur Jack Nicholson fut apparemment complaisant lui aussi en restant longtemps assis sous la neige devant les montagnes du Colorado : le photographe, qui souhaitait cette image évoquant le dernier film à succès de l’acteur, eut le temps de prendre un petit déjeuner au chaud dans la maison de celui-ci avant de sortir prendre la photo. Avec Watson, c’est l’idée qui prime! En photo publicitaire comme dans les autres genres, en effet, le maître-mot du maître Watson est décidément la préparation: réfléchir avant la séance, trouver l’idée amusante ou qui fait mouche, définir le concept à faire passer.

En 20 chapitres qui peuvent paraître courts à la lecture, Watson couvre tous les domaines, de l’éclairage et du choix des objectifs au travail en studio et à la photographie de paysage dans son Ecosse natale (superbes images de l’île de Skye) ou au Maroc, qu’il découvrit en 1978 pour le magazine Vogue. Le photographe répondra dans les années 1990 à une commande du prince héritier, actuellement Roi du Maroc, un pays que Watson eut l’audace de photographier essentiellement en noir et blanc et où il passe désormais beaucoup de temps.

Aux photographes qui n’apprécient pas la technicité, je dis souvent qu’ils sont avantagés: toute leur concentration est dédiée à l’imagerie

Albert Watson

Ce petit ouvrage contient un avertissement fondamental, au coeur de la philosophie de Watson: ne jamais laisser la technique prendre les rênes au point de prendre le dessus sur l’image. La photo selon Watson, c’est 80 % de créativité et 20 % de technique. Une incitation à ne pas trop compter sur le post-traitement et à toujours s’assurer à la prise de vue que l’atmosphère générale et la lumière sont bonnes. Pétri d’idéées et doté des moyens de les réaliser, Watson se garde d’abuser des effets spéciaux.

Albert Watson à l’œuvre. 4è de couverture. Éditions Eyrolles.

Le livre est une parfaite introduction au photographe et vous donnera sans doute envie de passer plus de temps à voir à l’oeuvre et à écouter ce maître très influent. Vous apprendrez à mieux le connaître encore et à vous inspirer de ses méthodes au fil des six heures et demie de son enseignement en ligne.

(*) Albert Watson, une vision de la photographie. Editions Eyrolles. Format 14,5 x 20 cm, broché, 15,90 €.

La photographie numérique par Scott Kelby : le tout en un

© Editions Eyrolles

Photographe et formateur américain, Scott Kelby est un auteur prolifique dont les livres font l’objet de multiples traductions et republications. Les Editions Eyrolles, qui nous avaient récemment proposé les recettes de Kelby pour le portrait en lumière naturelle, viennent de sortir de presse une nouvelle édition mise à jour d’un ouvrage-compilation reprenant l’essentiel de ses conseils en photographie numérique (*).

Ce condensé se présente sous la forme de 220 fiches-articles : un conseil par page avec une illustration. Adapté de l’anglais par Gilles Théophile, le livre ne s’embarasse pas de théorie ou de longues explications, d’autant que le champ est très vaste. On vous épargne la table des matières de quatre pages et demie mais sachez qu’elle couvre les aspects techniques (la netteté, l’utilisation du flash), les objectifs, les genres de photo (paysage, voyage, portrait, mariage, sport), l’impression et quelques recettes plus spécifiques « pour des images de pro ».

Kelby annonce et respecte son propos : aller droit au but et vous offrir ses astuces de façon directe et très concrète pour choisir et placer son matériel, effectuer ses réglages, éviter les écueuils. C’est sans doute ce qui fait le succès de l’homme et de ses formations. La retouche et les aspects les plus complexes du post-traitement se prêtant moins à l’exercice simplifié par écrit, il renvoit à ses vidéos (en anglais) pour le tutoriel sur ces questions.

Scott Kelby © Peter Hurley

Ce livre-ci s’adresse donc essentiellement aux débutants comme aux photographes « de niveau intermédiaire » soucieux de s’améliorer ou de disposer d’un guide « tout en un ». Il ne fait pas l’économie, par contre, des habituelles plaisanteries que Kelby a coutume de placer en introduction de chaque chapitre. Elles ne sont franchement pas indispensables, surtout dans une traduction. S’il n’est pas avare de ses petites blagues ni de ses remerciements, ce bon Scott, qui dispense ses formations en ligne sur KelbyOne.com et dirige par ailleurs un talk-show sur la photographie (The Grid), a le don de vous prendre par la main sans vous abreuver de technicité. Certains seront tentés de lui disputer ou de nuancer l’un ou l’autre point mais ses explications peuvent valoir quel que soit la marque ou le modèle de votre appareil.

Scott Kelby livre tout simplement ici et sans fioritures le « comment faire » pour débuter et se perfectionner. Un « best of » de ses recommandations pour une bonne vingtaine d’euros.

(*) La photo numérique par Scott Kelby. Editions Eyrolles. Broché, 272 pages, 17×22 cm, 22 €.

L’Alsace en 1945: un drôle de Doisneau

Robert Doisneau découvrit l’Alsace à l’automne 1939, en habits militaires. Mobilisé pendant la « drôle de guerre », le jeune photographe a froid et c’est peu dire qu’il ne se sent pas bien dans la peau d’un soldat. Réformé après un diagnostic de risque de tuberculose, il est renvoyé dans ses foyers de Montrouge avec de mauvais souvenirs. La guerre finie, Doisneau retrouve l’Alsace à l’été 1945, deux mois après l’armistice. Ce deuxième voyage intervient sans doute en réponse à l’invitation d’un imprimeur-éditeur de la région, qui aurait envisagé un ouvrage d’illustrations « pour parler de l’Alsace de façon positive ». Telle est du moins la supposition avancée par un historien du cru. Le projet, quel qu’il fut, resta en effet sans suite. Il faudra attendre 2008, bien après le décès du photographe, pour qu’une publication voie le jour à l’initiative de l’Atelier Robert Doisneau, la structure créée par ses filles pour valoriser son oeuvre.

© Atelier Robert Doisneau/Editions Flammarion

Ce lot d’images, cohérent mais intrigant, voire légèrement décalé, par rapport aux facettes plus connues de son auteur, est réédité aujourd’hui par les Editions Flammarion (*). Il est accompagné de textes qui soulignent la situation particulière de l’Alsace au moment où Doisneau fixa ces images sur la pellicule.

Annexée de facto par le Reich en novembre 1940 en violation des accords d’armistice du mois de juin et abandonnée par le régime de Vichy, l’Alsace abritait alors des partisans de l’autonomie qui se rallient au régime nazi, tandis d’autres habitants choisissent la Résistance. Des fractures profondes en résultent. Les Alsaciens deviennent brutalement sujets du Reich. Certains sont jugés « indésirables » et expulsés, d’autres envoyés en Allemagne en « rééducation ». Par ailleurs, 300,000 habitants de la région de Strasbourg et des rives du Rhin avaient été déplacés par les autorités françaises dès septembre 1939. Ces populations transférées vers le sud-ouest ou le centre de la France seront mal perçues par les « Français de l’intérieur ».

Une partie des exilés choisira de rentrer après l’armistice et la propagande allemande aura soin de leur souhaiter la bienvenue. Les « élites » déplacées ou exfiltrées, quant à elles, ne retrouveront l’Alsace qu’après la Libération. Les incorporations de force dans l’armée allemande nourriront pour longtemps le ressentiment et l’incompréhension parmi et envers les Alsaciens. Dans l’histoire et la mémoire de ces territoires déjà perdus et récupérés dans le passé viendront se greffer le drame des disparitions, les faits de collaboration dénoncés ou non, les lâchetés occultées ou niées. Un camp de concentration et d’extermination existait dans le Bas-Rhin pendant l’occupation et la région abrita puis vit tragiquement disparaître l’une des plus importantes communautés juives de France. La honte et l’amertume sont donc bien vivaces derrière le soulagement qui survient en 1945. Le retour à la stabilité ne va pas de soi: l’usage du français, par exemple, devient la règle alors que les trois quarts de la population ne parle pas la langue. L’heure est aux règlements de compte. L’Alsace, en somme, est un chaudron et beaucoup de souvenirs seront enfouis sous le tapis.

Châtenois, La porte du château. © Atelier Robert Doisneau

Le texte d’introduction aux images de Doisneau, déjà montrées dans des expositions, est donc indispensable. Il doit être lu dans toutes ses nuances, d’autant que les photographies ne rendent pas vraiment compte, ou fort peu, du contexte difficile et douloureux du moment des prises de vues. Et c’est bien ce qui fait non seulement l’intérêt du reportage de Doisneau mais aussi la surprise qui s’en dégage. Car les stigmates de la guerre n’apparaissent guère et l’époque était forcément loin d’être aussi paisible que le suggèrent les photographies.

Les religieuses de Ribeauville, 1945 © Atelier Robert Doisneau

Les personnages ici alternent avec un cadre de vie bucolique ou urbain dans une atmosphère de calme. Doisneau se fait résolument paysagiste en même temps que documentariste. Nous savons certes qu’il n’était pas homme à rechercher ou vouloir figer une scène de vengeance sur fond d’épuration mais son reportage dans cette Alsace meutrie et divisée fleure carrément bon le terroir. Il s’attache aux particularismes des costumes et de l’habitat. Les destructions et les traces de barbelés ne sont que rarement représentées (où est-ce le fait de la sélection?). « Voulait-il démontrer que cette région symbolique était aussi belle que française? », s’interroge Vladimir Vasak. S’agissait-il simplement de répondre à une commande de ce type dans le contexte de la Libération et du retour à la paix? L’hypothèse paraît valide mais les archives de l’imprimeur-commanditaire supposé ne sont d’aucune utilité à ce égard.

La publication originale de 2008.
© Editions Flammarion

Les images évidemment sont belles, les nuances de gris sont parfaitement rendues et Doisneau, dont l’honnêteté du regard n’est bien sûr pas en cause, fait preuve d’un sens impeccable de la composition. Mais la malice coutumière du photographe n’éclate pas comme ailleurs dans son oeuvre. L’attachement aux enfants et aux gens âgés est présent mais nous ne sommes pas en banlieue ni entre habitants complices d’un même quartier. Il y a certes des sourires et des jeux mais aussi peut-être une certaine distance, même si cette impression tient sans doute à la comparaison avec tout ce que nous connaissons par ailleurs du photographe. Et l’inédit surgit avec le château de Ribeaupierre figurant dans un paysage en tryptique tel qu’on ne s’attendrait pas à le trouver dans un livre de Doisneau.

Ce projet avorté en cette époque lointaine recèle donc une part de mystère mais aussi d’originalité. Avec ses textes pointus et les images relativement atypiques de Doisneau, l’ouvrage permet de mieux comprendre une région à travers une phase délicate d’un passé qui fut, depuis 1945, parfois difficilement assumé dans tous ses aspects. Et c’est aussi la complexité et les visages plus contemporains de l’identité alsacienne qui s’en trouvent éclairés. Une réédition bienvenue.

(*) Robert Doisneau. Un voyage en Alsace 1945. Textes de Vladimir Vasak avec le concours d’Anka Wessang. Editions Flammarion, 136 pages, 170×220 mm, 100 illustrations, broché, 15 €. Sortie le 5 mai 2021.

Deux expositions Doisneau

Pour la réouverture tant attendue de nos lieux culturels, une exposition Robert Doisneau se tiendra à partir du 19 mai au Château de Sully-sur-Loire sur le thème « La Loire, journal d’un voyage », avec un catalogue enrichissant (images et textes) édité par Baluze.

Et puisqu’un bonheur ne vient jamais seul et que les beaux jours reviennent « Allons voir la mer avec Doisneau », une exposition autour du livre édité par Glénat, s’ouvrira en ce mois de mai 2021 (se renseigner pour confirmation) au Musée maritime de La Rochelle.

La photo de voyage en 52 défis

© Editions Eyrolles

Un nouveau guide pratique sort de presse aux Editions Eyrolles dans la collection des 52 défis. Il est conçu pour inciter ses lecteurs à faire preuve de créativité en matière de photographie de voyage. Une façon de garder la flamme des projets en attendant de pouvoir à nouveau nous déplacer où et comme nous le souhaitons.

Comme pour la photo de nature et les autres ouvrages de cette série, ce petit livre (*) se présente comme un cahier d’exercices et un journal personnel en même temps qu’un manuel d’inspiration.

Des lumières de la ville aux lieux de culte, des moyens de transport aux vêtements et costumes des populations en passant par l’architecture urbaine et les fêtes locales, ce ne sont pas les sujets qui manquent au voyageur-photographe. Ce guide couvre donc un vaste champ thématique en proposant pour chaque double page et en quelques mots – c’est le principe de la collection – des suggestions techniques et quelques astuces ainsi qu’une image illustrant le défi.

Comment, par exemple, créer une petite série d’images pour rendre justice à une scène tel le travail d’un artisan. Un challenge essentiel en voyage: comment revisiter la carte postale et sortir des sentiers battus en cherchant une composition originale devant un monument célèbre comme la Tour Eiffel.

Produire une série qui fonctionne bien (défi 13) et trouver son fil conducteur dans un récit de voyage est particulièrement formateur et évitera de photographier partout, tout le temps et n’importe comment. Dans l’esprit de l’auteur-photographe Anthony Zacharias, chacun de ces défis doit nous encourager à « réfléchir un peu plus sur l’endroit » où nous sommes et sur « ce qui le rend unique, » habitants, sites ou même odeurs.

Ce guide destiné à un large public ne surprendra sans doute pas le photographe aguerri et ses conseils s’avèreront naturellement valables pour d’autres thèmes. Ceci vaudra notamment pour ce qui à trait à la composition et au mouvement, aux relations avec les sujets croisés en voyage ou à des moments du jour comme ceux qui suivent l’aube ou précèdent le crépuscule.

La photo de voyage, genre très pratiqué et très partagé par le biais du livre comme des réseaux sociaux, révèlera toujours des surprises et sera toujours une mine d’or pour le praticien, d’autant qu’il se fixera de nouveaux défis. « Il y a tant d’occasions nouvelles qui se présentent à nous », rappelle l’auteur. Ce sera d’autant plus vrai quand un méchant virus sera vaincu. Vivement demain.

(*) 52 défis. Photo de voyage. Anthony Zacharias. Adapté de l’anglais par Franck Mee. Editions Eyrolles. 128 pages, broché, 15×21,5 cm; 12,90 €

Photographies colorisées : un livre pour remonter le temps

Nos albums de famille sont des trésors dont seront privés nos descendants du fait des nouveaux procédés mais surtout des mauvaises habitudes contemporaines. Ils nous font voir le passé sans ses couleurs de même que l’histoire de la photographie et notre représentation mentale de ce qu’elle nous montre font percevoir en noir et blanc la vie d’autrefois. Les pionniers de la photographie ont pourtant recherché la colorisation dès les origines. Thomas Sutton prit une photographie selon la méthode à trois couleurs dès 1861. La plaque autochrome des frères Lumière, premier procédé photographiqe en couleurs, fut mise au point en 1903 et le premier brevet date de 1912. En raison de sa complexité, de son coût et de ses imperfections, la photo en couleur ne s’imposera toutefois pas avant longtemps. Il faudra attendre la deuxième moitié du siècle passé pour assister à la « démocratisation » de la pellicule couleur.

© Editions Glénat

Comme pour le cinéma, la colorisation des photos anciennes n’est pas toujours bien acceptée mais les logiciels contemporains, quand ils sont judicieusement employés par des passionnés, peuvent nous offrir de véritables révélations dans tous les sens du terme. Wolfgang « Chris » Wild, créateur du site Retronaut, est un curateur d’images historiques à l’ère digitale. Il s’est associé avec le coloriste Jordan J. Lloyd pour un ouvrage dont la version française éditée chez Glénat (*) rassemble un choix de 130 photographies présentées dans un ordre chronologique décroissant, comme une machine à remonter le temps.

La plus récente de ces images date de 1949 (elle est l’oeuvre du jeune Stanley Kubrick, alors apprenti photographe pour le magazine Look) et la plus ancienne de 1839 (le premier autoportrait photographique). L’émerveillement joue dès la couverture du livre montrant le monoplan de l’aviateur Louis Blériot s’envolant de Calais pour sa traversée de la Manche un matin de juillet 1909.

Si la plupart de ces images ne sont pas l’oeuvre de grands noms de la photographie, certaines sont célèbres : on découvre ainsi, non sans émotion, une image en couleurs de la Migrant Mother de Dorothea Lange. Une photo mythique de Lewis Hine documentant en 1920 le travail d’un mécanicien sur une machine à vapeur conserve son message social en acquérant une dimension esthétique. En suivant le cours du temps surgit plus loin du passé et de la gare Montparnasse la locomotive à vapeur tirant ses wagons qui s’écrasa au pied de la façade de l’ancien bâtiment le 22 octobre 1895 : un accident spectaculaire qui ne causera miraculeusement qu’un seul décès.

Le River Boat Jazz Band d’Art Rhodes en promotion pour un concert à Times Square, New York, juillet 1947.
© Photographie de William Gottlieb/Bibliothèque du Congrès. © Glénat

L’édification de la colonne Nelson saisie par Henry Fox Talbot à Trafalgar Square en 1844 manque forcément de définition mais les portraits en couleurs d’anciens combattants des guerres napoléoniennes posant aux alentours de 1858 dans leurs uniformes aux couleurs chatoyantes sont très saisissants de même que le portrait du jeune bandit Jesse James armé de son Colt. On découvre encore la Tour Eiffel, le Tower Bridge de Londres ou le Golden Gate de San Francisco en phase de construction. On pénètre dans l’atelier du sculpteur Bartholdi dans lequel des ouvriers bâtissent la statue de la Liberté. Des images surprennent comme celle de l’iceberg qui causa la perte du Titanic, prise depuis le navire qui vogua au secours du paquebot le 14 avril 1912. Une très bonne photo, qu’on n’imaginerait qu’en monochrome, restitue les couleurs saturées de l’intérieur d’une grotte de glace en Antartique lors de l’expédition du capitaine Scott en 1911.

Le livre permet de découvrir des scènes de rue ou de la vie quotidienne, des images montrant l’évolution des techniques ou des transports, ce qui réserve des surprises comme cette jeune femme rechargeant son automobile électrique… en 1912. Il y a des images de paix et quelques événements dramatiques comme l’incendie d’un dirigeable, des scènes de guerre ou la pendaison des conspirateurs de l’assassinat du Président Lincoln. Il y a des portraits façon carte postale comme celui du couple vieillissant des ennemis devenus amis Buffalo Bill et Sitting Bull ou encore une plaque de ce même Abraham Lincoln imberbe à l’âge de 37 ans. Un cliché franchement suprenant aussi: un vendeur égyptien somnolant à côté de ses momies en 1875.

Juin 1944. Le soldat Ware applique un camouflage de dernière minute au soldat Plaudo.
Base aéronavale d’Exeter, Devon Royaume-Uni.
© Archives nationales américaines/Glénat

A chaque fois, la précision du travail de colorisation emporte l’adhésion. Les détails et textures sont bien là et le rendu des couleurs sonne véritablement juste, fruit d’une recherche qui fut parfois très longue et d’une collecte d’informations scrupuleusement vérifiées. Le gage de la réussite est alors que les couleurs ne nous interpellent plus: nous ne sommes pas devant un théâtre des illusions mais simplement devant la vie dans tout son réalisme. L’équilibre entre images et textes est lui aussi judicieux, qui sépare la description et les explications historiques des indications sur la façon de faire pour chaque image.

De même qu’il nous est donné aujourd’hui de visionner de merveilleux petits films montrant une réalité colorée des grandes villes sans l’allure saccadée jusqu’ici associée à la Belle Epoque, ces images minutieusement restaurées et colorisées ravissent et font reculer les limites du voyage dans le temps.  

(*) Quand le passé reprend vie en couleurs. Photographies colorisées du monde de 1839 à 1949. Wolfgang Wild et Jordan J. Lloyd. Editions Glénat. Collection Histoire. 25,1 x 28,7 cm, 240 pages, 39,95 €.

La photo de nature en 52 défis

© Editions Eyrolles

Bon nombre de photographes amateurs ont recours, pour exercer leur créativité ou simplement se (re)motiver à faire des images, au procédé qui consiste à relever chaque semaine un défi. Des groupes se constituent ainsi sur internet, faisant office d’auxiliaires pour sortir de sa zone de confort ou trouver l’inspiration quand elle vient à manquer.

Les Editions Eyrolles ont déjà publié plusieurs livres dans cette veine, qu’ils couvrent un large éventail de thèmes ou qu’ils soient destinés plus spécifiquement aux adeptes de la street photography, d’Instagram ou encore d’une photographie plus expérimentale.

Un nouvel ouvrage à petit prix vient de sortir de presse, qui s’adresse aux amoureux de nature et de la vie sauvage (*). Ce livre se veut « un atelier photographique par écrit » et pourra vous guider, quel que soit votre niveau d’expérience.

Chaque défi est succinctement présenté sur deux pages illustrées avec de courts paragraphes de conseils et suggestions pour une pratique avisée de la photographie naturaliste. Les projets se déclinent, en passant de son propre jardin et des habitats parfois insoupçonnés qu’il peut contenir aux tuyaux pour construire un affût basique permettant de se fondre dans la nature. On aborde la manière d’approcher les habitants du fond des bois ou les créatures nocturnes comme la façon d’injecter une touche de mystère dans les photos de brume ou de saisir des silhouettes spectaculaires. Comment observer les animaux dans les conditions de leur milieu, saisir des gros plans et peut-être faire oeuvre utile en sensibilisant aux enjeux de l’environnement.

Nul besoin, bien sûr, de suivre tous ces défis dans l’ordre ni de s’assigner pendant toute une année une tâche rigoureusement hebdomadaire. Le principe du livre est d’y puiser une idée ou une technique selon les situations, les sujets et les envies du moment; ceci permettra d’ailleurs de se départir du calendrier suivi par les groupes mentionnés plus haut. L’ouvrage contient des espaces libres pour y consigner des observations, des succès ou des échecs. Un tableau de bord qui deviendra peut-être un journal photographique. Et qui débouchera sur la véritable finalité du photographe, un dernier défi et non le moindre: montrer son travail!

(*) 52 défis. Photo de nature. Ross Hoddinott et Ben Hall. Adapté de l’anglais par Franck Mée. Editions Eyrolles. 128 pages, broché. 12,90 €.

De Montréal à Okinawa, un carnet de voyage en mots et en images

© Les Impressions Nouvelles

Elle est autrice, scénariste et vidéaste; il est photographe, explorateur dans l’âme et il aime les défis. Ils sont jeunes, forment un couple et ils ont pour eux deux un projet. Ils décident, en septembre 2019, de s’offrir une parenthèse dans leur vie quotidienne. Alors ils font leurs bagages et quittent la région parisienne pour un périple de plus de 36,000 kilomètres. Ils emportent seulement deux gros sacs à dos de voyage et deux sacs plus légers pour le matériel informatique et photographique. En 36 étapes, Samantha Bailly et Antoine Fesson vont parcourir trois pays, le Canada, les Etats-Unis et le Japon, engrangeant des souvenirs inoubliables. Comment pourraient-ils soupçonner que peu après leur retour en Europe une épouvantable pandémie rendra bientôt ce genre de voyage impossible pendant longtemps? Samantha et Antoine avaient heureusement tenu un carnet de voyage en mots et en images. Leur journal de bord vient de paraître aux Impressions Nouvelles (*).

Ce voyage, ils l’ont préparé depuis des mois avec l’envie de découvrir à l’étape des lieux « inspirants et originaux », de passer les nuits dans une maison minuscule nichée en pleine forêt, dans une yourte ou dans une chambre chez l’habitant mais à l’écart des circuits touristiques. Les étapes sont donc fixes mais le reste est fait de libertés et d’ouvertures en s’autorisant des surprises selon les impulsions du moment. Samatha raconte et consigne leurs impressions tandis qu’Antoine « chasse les lumières », son Olympus en main. Elle note — ce n’est pas nous qui la contredirons– que « la photographie, c’est une histoire de patience, de bon moment et de poésie dans le regard ».

© Antoine Fesson. Les Impressions Nouvelles

L’aventure se présente comme une suite de constellations. La première, le Canada, est celle de l’euphorie des débuts et de la soif de la découverte. Après l’arrivée à Montréal, transition parfaite, de grands espaces s’offrent aux deux amoureux mais aussi des petits coins de paradis insoupçonnés avant ou après la traversée d’un parc naturel où les animaux sont en liberté et où les humains sont en cage. La deuxième constellation, la côte est des Etats-Unis, va de pair avec un retour aux réalités que les voyageurs ont laissées derrière eux. Il faut (re)composer avec la vie en milieu urbain mais aussi avec les soucis comme ce vol d’une batterie qui empêche le photographe de fixer leurs souvenirs pendant quelque temps. Vient ensuite un périple sur la côte Ouest et l’expérience de la vie nomade en van, nouvelle succession d’émerveillements devant la nature, les beautés grandioses et brutes des canyons et des parcs nationaux. Même les aléas du voyage (un van bien ensablé) sont des occasions de rencontres et de leçons de vie.

La conquète du Half Dome, Yosemite, Californie. © Samantha Bailly-Antoine Fesson. Les Impressions Nouvelles

Au Japon, quatrième et dernière constellation, le couple passe par Tokyo et Kyoto mais reste décidément en dehors des sentiers battus comme pour ce séjour chez un moine très étrange dont les enseignements se révêlent grâce à l’observation et aux gestes plutôt qu’à travers son langage difficile à appréhender. Au Japon, où la politesse est un art de vivre, les repères ne fonctionnent pas de la même façon. Il y a des loisirs dans lesquels l’individu se perd — pas vraiment certain que le jeu vidéo soit « sans aucun doute », comme on le lit ici, « le bien culturel qui a connu le plus grand essor au XXè siècle ». Mais le plus important se révèle: cette quatrième et dernière constellation apprend aux jeunes gens à porter une autre attention à leur monde intérieur et aux rapports aux autres avant de franchir un pas décisif dans leur vie de couple.

Un joli jeu de miroir sur une plage japonaise. © Antoine Fesson. Les Impressions Nouvelles

Comme l’explique Samantha, l’expérience du grand voyage et celle de la confection du livre pendant le confinement ont procuré aux auteurs un même sentiment de se trouver dans un espace-temps sans repère ni chronologie, comme disloqué. Dans les deux cas, ils y ont gagné quelque chose et le voyage a permis de renverser quelques perspectives sur ce qui fait ou devrait faire l’essentiel d’une vie. Sans être parfait (nous avons noté pas mal de coquilles), ce récit en texte et en images touche par sa sincérité.

(*) Parenthèse. Carnet de voyage de Montréal à Okinawa. Samantha Bailly & Antoine Fesson. 288 pages, format 17×24, broché. 28€. En librairie.

La quête du photographe de rue, d’abord un état d’esprit

©Editions Pyramyd

L’intérêt pour la photographie de rue (« street photography ») ne faiblit pas, même si ce terrain est aujourd’hui miné. Le photographe de rue, sauf s’il choisit de déambuler dans une ville morte (notez que c’est souvent le cas actuellement), se trouve confronté aux aléas de la prise de vues dans l’espace public. La notion du comportement acceptable chez un preneur d’images varie d’un pays à l’autre.

Matt Stuart, photographe de rue britannique né en 1974, a toujours aimé observer les gens. Il partage dans un livre édité par les Editions Pyramyd (*) ses meilleures rencontres et les fruits de ce qui est d’abord chez lui une attitude devant la vie.

En faisant abstraction de toute digression sur la technique, Stuart explique l’état d’esprit à adopter pour se mettre en quête de bonnes photos, repérer les associations insolites et les juxtapositions amusantes, les situations cocasses ou inattendues. La photo de rue, telle qu’il la conçoit et la pratique, ne doit pas être régie par des règles. Son livre n’est donc pas un code de conduite. Pour développer son propre langage visuel, nul besion, selon Stuart, de suivre des lois dans nos déambulations comme ne photographier qu’au 35 mm, s’interdire les longues focales et le flash, etc. Un principe cependant : ne pas se déplacer trop vite (cela attire immanquablement l’attention) mais surtout penser vite.

Stuart invite aussi à mettre en oeuvre ce qu’il appelle son « principe des 3 P: pêcher, poursuivre, plonger ». La recette consiste à trouver le bon endroit et le bon arrière-plan et d’attendre le passage du poisson pour le « filer » un moment et déclencher sans attendre dès que quelque chose évoque notre curiosité. Savoir observer, être discret, les sens en éveil: d’autres sont passés par là, naturellement et Stuart ne cache pas sa dévotion à son héros Cartier-Bresson. A ce propos lui-même utilise le système Leica M et son style a le don de mêler composition et « instant décisif », même s’il n’aime pas l’idée d’un moment unique qui seul mériterait la photo. Il a d’évidence, comme on le verra ci-dessous, un don bien à lui pour repérer et fixer (mais la chance est une récompense) les scènes insolites, surtout dans ce centre de Londres qu’il arpente depuis longtemps.

New Bond Street, Londres, 2006 (4è de couverture du livre) © Matt Stuart. Editions Pyramyd

Stuart admet que « l’éthique pourrait se révéler le seul écueil » du genre: s’il ne s’interdit pas de photographier un sans-abri (visage dissimulé cependant), il convient qu’il faut veiller à éviter les moqueries, la condescendance et la malveillance. Si votre photo dessert le sujet, passez donc simplement votre chemin. Et prenez conscience que cette mentalité du photographe de rue trouve aussi à s’employer ailleurs. Elle s’avère ainsi bien utile dans des environnements différents comme la vie de famille pour capter des moments spontanés, l’esprit et le regard toujours aux aguets.

Le livre s’ouvre sur une recommandation à se renseigner sur les dispositions du droit à l’image dans laquelle se trouve le lecteur qui voudrait mettre en pratique les techniques de Matt Stuart. On se souviendra qu’en France, exception faite pour les événements d’actualité telles que les manifestations, toute photographie d’une personne identifiable ne peut être diffusée sans son autorisation. La street photography doit être et rester un plaisir.

Un petit ouvrage sympathique, à lire comme une ode à l’acte de photographier, en soi plus enrichissant pour Stuart que la photo elle-même. Il n’empêche que ses images, sur son site comme dans son livre, méritent le coup d’oeil et le bon.

(*) Penser comme un photographe de rue. Matt Stuart. Traduction Véronique Valentin. Editions Pyramyd. Broché, 128 pages, 18,50€. Sortie prévue début mars 2021.

Portrait en lumière naturelle : les bonnes recettes de Scott Kelby

© Editions Eyrolles

L’art du portrait en photographie s’apparente généralement à la maîtrise de sources lumineuses que le photographe se doit de positionner judicieusement par rapport au sujet. Le portrait s’inscrit donc logiquement dans la manière des professionnels du studio, même si des amateurs s’y attachent volontiers en fonction de leurs possibilités matérielles et financières. La photo de portrait à la lumière du jour, par contre, n’exige ni investissements lourds ni manipulation d’accessoires compliqués et son champ d’action est naturellement vaste. C’est le sujet du dernier livre de Scott Kelby, que publient les Editions Eyrolles (*) dans une adaptation française fidèle au style particulier qui est la marque de ce photographe, formateur et auteur à succès.

L’auteur aborde en premier lieu les objectifs à privilégier pour le portrait et les réglages de prise de vue — ce sont les bases et on ne peut sans passer. Il entre ensuite dans le partage de ses conseils et astuces pour dompter et tirer le meilleur profit de la lumière naturelle. On passe des portraits à l’intérieur aux abords d’une fenêtre (le positionnement du modèle et du photographe, savoir se décaler) à la prise de vue en extérieur, avec ou sans diffuseur ou réflecteur. Comment positionner ces accessoires, gérer l’ombre et le soleil, photographier par temps couvert.

La formule utilisée par Kelby dans cet ouvrage: une ou deux photo(s) — elles sont bien entendu de qualité — et généralement deux paragraphes par idée. Succinct mais efficace. Comment, par exemple, créer le très prisé « effet Rembrandt », ce triangle inversé de lumière sur le visage qui ne vaut pas que pour le portrait en studio? Kelby nous dit aussi comment éclairer les contours d’un visage, maîtriser les tâches de lumière, obtenir une lumière douce ou encore un effet de flare (ces reflets parasites) sans ou avec Lightroom et Photoshop. Il aborde les ficelles de la composition et du cadrage appliquées au portrait, la relation avec le modèle et distille ses astuces afin de mettre le modèle, homme ou femme, en valeur. Vêtements à porter, direction du regard, quête de l’expressivité ou de l’inexpressivité (c’est le moment de faire une pose), affinage de la taille ou du visage.

Les recettes s’égrènent — il y a près de 150 rubriques — sans jamais lasser car le propos est à chaque fois simple et direct. A l’américaine, en somme. Un ouvrage pas forcément complet — ne vous attendez pas à trouver ici les petits « trucs » habituels recommandés pour les photos d’enfants — mais toujours agréable à parcourir.

Portrait de Scott Kelby en lumière naturelle
© scottkelby.com

A moins d’être véritablement débutant et à l’exception des deux premiers, il n’est pas nécessaire de lire cet ouvrage dans l’ordre de ses chapitres. Manquent peut-être quelques réflexions ou conclusions mais Kelby, auteur prolifique et très largement traduit, ne s’embarrasse pas de théorie. Il a livré par ailleurs d’innombrables contributions à la formation ainsi qu’ « aux idéaux de la photographie professionnelle » selon les termes de sa reconnaissance par l’American Society of Photographers. Regardez et écoutez (en anglais) notre formateur partager ici trois petits tuyaux pour un shooting de portrait en extérieur et faites plus ample connaissance sur son blog avec ses activités, son matériel et son portfolio. D’autres ouvrages de Scott ont été publiés chez Eyrolles.

En ces temps de contraintes et de tristes lumières, Kelby donne bougrement l’envie de passer ou repasser à l’acte de photographier ses proches et de revenir au naturel. Sachant que si le cadre dans lequel il est placé participera à la réussite du portrait et qu’aucune recette ne constitue en soi la panacée, ce livre éclairera joyeusement votre pratique. Un petit avertissement à ce propos: notre ami Scott est … un petit rigolo: chaque chapitre est précédé d’une courte introduction dans laquelle l’auteur laisse cours à une fantaisie tellement débridée qu’elle n’a rien ou vraiment pas grand chose à voir avec le contenu du chapitre proprement dit. On s’en amuse ou on s’en passe. Mais qui a dit qu’un manuel pratique devait être ennuyeux?

(*) La photo de portrait en lumière naturelle. Scott Kelby. Adapté de l’anglais par Gilles Théophile. Editions Eyrolles. 195 pages, broché, 22 €.