Joel Meyerowitz: l'oeil et les leçons du maître-photographe

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Ce livre n’existerait pas sans le projet de Chris Ryan, créateur des cours de photographie en ligne Masters of Photography, inaugurés en 2018 avec Joel Meyerowitz. Décliné en leçons d’abord sous forme de vidéos puis de livres, le projet consiste à réunir les plus grands photographes pour qu’ils nous guident et nous apprennent à utiliser nos yeux pour créer notre propre vision du monde qui nous entoure. Voici donc, dans sa version française aux Editions Eyrolles, un premier petit volume (*) consacré à Joel Meyerowitz, légende vivante de la photographie.

Né en 1938 à New York, celui qui fut parmi les pionniers de la photographie en couleurs nous entraîne dans son processus créatif, sa conception de la photographie et les secrets de sa pratique. Il nous fait part de son expérience, de ses réflexions sur la composition, de la manière d’identifier les sujets qui nous correspondent et de saisir l’inspiration. En 20 courtes leçons illustrées de ses photographies, il nous dit comment opérer dans l’espace public, être prêt à réagir, chercher les détails qui feront la photo, choisir la couleur ou le noir et blanc, jouer avec ce que nous voyons.

S’il fait figure de référence pour la street photography largement abordée dans ce livre, Meyerowitz est un artiste aux multiples champs d’action. Publié en 1978, «Cape Light», son travail sur la côte du Massachussets, est un classique incontournable d’une photographie plus contemplentive et vouée à l’étude de la lumière. Meyerowitz fut aussi le premier et le seul photographe à pouvoir accéder (par la ruse) à l’espace dévasté du World Trade Center de New York après le 11 septembre 2001, nous laissant ainsi un reportage fondamental et d’une inestimable valeur historique sur Ground Zero. Ce qui ne l’empêche pas de nous rappeler que tout est matière à photographie.

m-06c-joel-meyerowitz-paris-france-1967-courtesy-polka-galerieparis© Joel Meyerowitz. Paris, France, 1967. Polka Galerie

Comme toujours, les maîtres en photographie sont là pour nous inspirer mais ne peuvent remplacer le travail sur soi. La photographie, comme Meyerowitz le dit ici, est « une question d’idées » et ce sont nos idées qu’il nous pousse à réaliser, ce qui implique de comprendre techniquement mais aussi d’un point de vue sentimental, psychologique et physique comment nous positionner « au bon endroit au bon moment ».

Tout ce que nous faisons avec passion, obsession ou désir nous apprend des choses, non seulement sur notre support, mais sur nous-même.

                                                                           – Joel Meyerowitz                                                          

Meyerowitz a publié plus de 25 livres et ses photographies font partie des collections du MOMA comme de nombreuses autres galeries et collections dans le monde entier. C’est un vrai bonheur de l’avoir comme mentor, pour une première de ces promenades guidées. Suivez ce guide, à l’écrit comme à l’image. And go for it. Do it!

Découvrez le trailer de sa master class: https://www.youtube.com/watch?v=9o-2ef2bfvQ

(*) Une vision de la photographie. Joel Meyerowitz. Editions Eyrolles. 14,4 x 20 cm. Parution le 13 février 2020. 15,90€

Photographier autrement: petit manuel pour trouver l'inspiration

Nombreux sont les photographes, amateurs ou autres, préoccupés par un souci de renouvellement ou d’inspiration. Quoi de plus naturel à l’heure où presque tout est instantanément transformé en image, quelle que soit la destination ou la durée de vie de celle-ci ? Les livres de photographes confirmés comme les manuels pratiques font office de pourvoyeurs d’idées et nous peuvent nous porter vers d’autres approches de la pratique. Edité par les Editions Pyramyd dans une collection qui propose déjà le même outil pour d’autres techniques artistiques telles le dessin ou l’aquarelle, un nouveau petit livre invite à photographier autrement.

© Editions Pyramyd
Photo de couverture © Florian Pérennès

Dans Le petit livre des grandes inspirations (*), Lorna Yabsley a rassemblé des dizaines de pistes pour nourrir l’inspiration du photographe. Illustré d’images puisées chez ses collègues en photographie contemporaine plutôt que chez les grands maîtres (Bill Brandt, Man Ray, René Burri et Martin Parr sont cependant cités), cet ouvrage recense des dizaines d’idées, de techniques ou même de styles (le minimalisme).

Cela va du simple changement de perspective et de propositions franchement banales (recadrer, aller vers des inconnus) ou souvent efficaces (la juxtaposition, les filtres) au recours à l’infrarouge ou à l’éclairage théâtral. Certaines techniques s’adressent au spectateur (jouer avec la réalité), d’autres sont carrément originales comme le freelensing (retirer l’objectif pour le tenir devant l’appareil) utilisé pour ce portrait très rapproché en couverture de l’ouvrage.

Chaque proposition fait l’objet de courts paragraphes et l’ensemble mélange allègrement les pistes, entre les thèmes (les jumeaux), les conseils (concentrez vous sur la couleur) et les techniques. Ces dernières peuvent être classiques (le sténopé) ou plutôt utilisées en photographie contemporaine, certaines – comme l’appropriation – étant même discutables, l’autrice en convient. Mais peu importe la source de l’inspiration si ce manuel souple et très bon marché vous permet de trouver de nouvelles voies, de relancer votre créativité ou de vous procurer d’autres émerveillements.

Ce petit livre est la version française d’un ouvrage édité l’an passé au Royaume-Uni. Yorna Yabsley, installée dans le Devon, poursuit depuis plus de trente ans une activité photographique aux multiples facettes. Elle est active dans le domaine commercial ou social, dispense des formations et des consultations et a écrit plusieurs livres sur la photographie. Plus d’infos sur son site.

(*) Photographie. Le petit livre des grandes inspirations. 176 pages illustrées. Editions Pyramyd. 12,90 €. A paraître le 5 mars 2020

Balthasar Burkhard: quel rapport entre l'oeuvre et son spectateur?

Une exposition à Bruxelles revient sur la carrière de Balthasar Burkhard, photographe suisse (1944-2010) dont le travail trouvait essentiellement son sens dans son espace d’exposition et à travers de grands formats. La scénographie adoptée par le Museum du Botanique (*) est logiquement non chronologique: elle présente une sélection diversifiée, sur le modèle de l’oeuvre, en illustrant les genres abordés par Burkhard: des nus, des paysages, des animaux, des auto-portraits, des images d’urbanisme.

L’oeuvre de Burkhard se distingue par son sens de l’observation et l’intransigeance de son regard d’une part, la maîtrise du noir et blanc et des dégradés d’autre part. Si les sujets sont traditionnels, leur traitement l’est beaucoup moins. Formé à la photographie par le cinéaste et photographe Kurt Blum (1922-2005), passé par la Kunsthalle de Berne et son charismatique directeur, Harald Szeemann, Burkhard a nourri sa vision dans un contexte où les installations éphémères s’opposaient à l’art traditionnel. Cette révolution artistique le marquera dans ses réflexions sur la relation entre l’oeuvre et son public. Une section de l’exposition, constituée d’archives, offre un aperçu du travail de chroniqueur effectué par Burkhard sur la scène artistique bernoise des années 1960.

Balthasar Burkhard, Sans titre (torse), 1988, photographie noir et blanc sur papier baryté,
141×114 cm.
Collection Musée des Arts Contemporains au Grand-Hornu, propriété de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Dans les années 1980, Burkhard produit de larges formats. Un visage, un fragment de corps ou une peau deviennent paysage. Avec Le Corps (1983), Burkhard fragmente son sujet (jambe, hanche, torse, bras) pour le réunifier. Un voyage au Japon le pousse à se focaliser sur les mains, les pieds, une nuque et une oreille.

En 1988 sa photographie — on ne peut plus réaliste — d’un sexe féminin en gros plan dénommée « L’origine » se pose en hommage à «L’origine du monde », la célèbre peinture de Gustave Courbet (1866). L’approche de Burkhard est quasiment scientifique. Un dyptique présenté à l’exposition, intitulé La Vague, renvoit lui aussi à une oeuvre du même Courbet et portant cette fois le même nom.

Après avoir obtenu une première forme de reconnaissance aux Etats-Unis où il était parti vivre puis enseigner, Burkhard fait l’objet d’autres expositions en musées et galeries, notamment dans son pays d’origine, qui lui valent alors un certain succès dans les milieux de la photographie contemporaine.

Donnant libre cours à son intérêt pour les airs et s’inscrivant en cela dans les traces de son père pilote, Burkhard prend au cours des années 1990 des vues aériennes de mégalopoles comme Mexico, Chicago, Londres, Tokyo ou Los Angeles. Il montre ainsi, toujours en grand format, toute la densité de ces villes, leurs réseaux d’artères, l’empreinte des humains sur le paysage. La photographie de Mexico ci-dessous laisse deviner la fourmilière qui habite cette méga-cité tout en dégageant une impression d’immobilité.

Mexico, 1998.
Silvergelatin print on baryta paper, 137 x 277 cm
Collection Musée des Arts contemporains au Grand Hornu, Propriéte de la Fédération Wallonie-Bruxelles

En contrepoint de ces vues en plongée et dans des formats parfois plus réduits comme ici s’inscrivent des images de paysages exclusivement naturels, tels ces photographies de sommets enneigés dans les Alpes bernoises. La couleur, lontemps absente ou présente de façon parcimonieuse dans des héliogravures, s’affirme enfin dans la dernière série du photographe, Flowers (2009), au caractère pictorial saisissant et aux relents quelque peu scientifiques une fois encore. Avant cela mais sans la couleur, ses photographies d’animaux revêtaient elles aussi comme pour le monde végétal une connation documentaire.

Bernina 01, 2003, 34x54cm
Silvergelatin print on baryta paper. Coll. Estate Burkhard

À l’occasion de l’exposition, le Botanique publie d’autre part un livre créé en 2001 par Burkhard et Peter Downsbrough. Longtemps resté à l’état de maquette et diffusé par La Lettre Volée, il s’agit d’un dialogue imaginé entre deux amis, associant leurs univers. A l’exception de l’un ou l’autre catalogue, Burkhard n’a guère laissé de traces sous forme livresque mais on le découvrira au travail dans une vidéo Photosuisse.

Tourné vers le rapport direct entre la photographie et le regardeur, Burkhard se définissait comme photographe plutôt qu’artiste-photographe. Il concevait ses expositions, lesquelles nécessitaient des montages et donc des financements importants, telle une expérience physique pour le visiteur. Celui-ci passera peut-être comme ici par des sentiments plus ou moins variés en fonction de sa prédilection ou non pour les thèmes respectifs. Il s’interrogera aussi et surtout sur son rapport à ce qu’il voit.

Une exposition remarquablement didactique qui restitue dans toute sa cohérence le parcours d’un photographe rigoureux qui s’évertua à faire évoluer notre regard.

(*) Balthasar Burkhard, Photographies 1969-2009. Exposition au Botanique – Centre Culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rue Royale 236, Bruxelles, jusqu’au 2 février 2020. Horaires sur https://botanique.be/fr

Natura, le regard dépouillé de Bernard Descamps

© Filigranes Editions

Sorti de presse à l’occasion de Paris Photo 2019, Natura, le dernier livre de Bernard Descamps aux Éditions Filigranes, est un petit bijou de poésie photographique pour qui prendra la peine de s’y plonger. La série fait l’objet d’une exposition fort bien montée, à découvrir à la Box galerie de Bruxelles (*).

L’ouvrage, superbement imprimé, et l’exposition présentent une sélection d’images prises par Descamps au cours de ces 25 dernières années avec comme fil conducteur un hommage aux premiers essais naturalistes de l’antiquité. Les tirages exposés à la Box valorisent les quatre chapitres de cette série en noir et blanc qui ne se départit jamais du format carré prisé par le photographe.

© Bernard Descamps; Box galerie

Cela commence doucement devant l’océan et un infini paisible. La ligne d’horizon partage l’image en deux. Le ciel et la mer changent avec les conditions météorologiques et les heures qui s’écoulent. On passe de la mer à la montagne, enneigée ou non, sur laquelle les éléments font apparaître des triangles, en noir ou en blanc. On pénètre ensuite dans une forêt de bouleaux avant de se trouver devant d’autres espèces, en d’autres saisons. Les arbres sont alignés, en colonnes et vision frontale, en contre-plongée aussi parfois. Comme chez Michael Kenna, les compositions ne montrent jamais ou alors exceptionnelement la main de l’homme.

© Bernard Descamps. Box galerie

Et puis viennent les oiseaux (comme dans le dernier Kenna, décidémment), en nuée ou en escadrille, qui dessinent des figures et des lignes sur des ciels blancs, jusqu’à devenir parfois de minuscules points noirs.

© Bernard Descamps. Box galerie

Voilà, c’est tout mais il y a là, dans le livre comme aux cimaises, plus et bien plus que ce que pourrait suggérer un coup d’oeil superficiel et distrait. On en prend vraiment conscience en lisant le texte inspiré de Maria Spiegel, judicieusement placé en postface de l’ouvrage. Dès 1974, nous apprend-t-elle, Descamps qualifiait ses images d’« antidocumentaires », nous invitant à dépasser leur signification objective. Avec cette série, le photographe montre qu’il n’a pas varié pendant tout ce temps. Natura pousse son propos jusqu’à l’épure.

Ces photographies ont été prises en France et en Belgique (en forêt de Soignes, aux limites de Bruxelles), en Islande et au Maroc, à Madagascar et en Asie. Pas besoin d’en savoir plus ou de reconnaître tel ou tel paysage: ce n’est pas le sujet. Il n’y a ici rien d’époustouflant ou de spectaculaire, juste des images d’une nature proche mais parlante, entre rêve et réalité. Descamps, doctorant en biologie devenu photographe au début des années 1970 puis membre fondateur de l’agence Vu, se prive volontairement de ce qui fait si/trop souvent l’attractivité des images de nature. C’est l’éphémère qu’il suggère et la mélancolie qu’il dégage. Il regarde la nature pour en souligner la beauté formelle et fugace, révèle des signes qui s’inscrivent dans un, dans son imaginaire. Il ne voyage, dit-il, que pour se rencontrer et « pour trouver mes images, celles qui sont en moi et que j’essaye inlassablement de faire apparaître. »

Il faut prendre le temps d’entrer dans ces photos pour en tirer ce qu’elles peuvent évoquer. « La poésie pour nous sauver », comme le dit joliment l’éditeur de l’ouvrage. Un dépouillement qui incite au dépassement.

(*) Natura. Bernard Descamps. Un album relié couverture cartonnée – 73 photographies en bichromie. Editions Filigranes, 144 pages, 40€.

La série Natura à la Box galerie, Chaussée de Vleurgat 102, à Ixelles (1050 Bruxelles), du 11 janvier au 29 février 2020.

A Toulouse, sous le titre « Rencontres », la Galerie du Château d’eau (1, place Laganne) présente début 2020 une rétrospective Bernard Descamps.

Les oiseaux de Michael Kenna: hymne au silence

Nous avions découvert il y a quelque temps avec Rafu un aspect certes inattendu mais parfaitement dans la ligne esthétique du photographe, du travail de Michael Kenna. La parution récente aux Editions Xavier Barral d’un ouvrage signé Kenna dans la magnifique collection Des oiseaux nous plonge dans une thématique plus familière du maître de la photographie de paysage en noir et blanc.

© Editions Xavier Barral

Les oiseaux de Michael Kenna s’inscrivent donc dans les types de paysages qui l’inspirent et qui sont dépourvus de la moindre présence humaine. Ils se détachent sur des fonds — des ciels ou des plans d’eau, avec ou sans turbulence. Ils sont perchés sur des pilotis ou des fils électriques. Ils volent en formation ou s’accordent un temps de repos, en solitaire, en duo ou en groupe. Avec ou sans battements d’ailes, ils décrivent des figures, dessinent des ensembles.

On retouve avec délectation dans ce livre des contrastes graphiques subtilement ou fortement marqués, un format presque toujours carré et ces tirages soignés avec toute la profondeur et subtilité de richesse dans les nuances de gris et de blanc qui sont le fait de l’exigence du photographe. Même quand ils sont pris dans une tempête de neige au Japon ou figurent discrètement comme ici sur les bords d’un lac birman, les oiseaux de Kenna participent de son minimalisme et dégagent la mélancolie. Kenna donne à voir le silence.

Morning Mists, Pyin U Lwin, Myanmar. 2019
© Michael Kenna. Editions Xavier Barral

I often think of my work as visual haiku. It is an attempt to evoke and suggest through as few elements as possible rather than to describe with tremendous detail.” – Michael Kenna

One Hundred and Five Birds, Prague, Czechoslovakia. 1992
© Michael Kenna. Editions Xavier Barral

Après les volumes de cette collection consacrés aux photographies d’oiseaux de Penti Sammallahti et Bernard Plossu, de Yoshinori Mizutani et Terri Weifenbach, le nouveau dyptique produit par l’équipe de l’éditeur disparu l’an dernier nous fait également découvrir les magnifiques images de Graciela Iturbide. Dans chaque ouvrage de la collection, un texte de Guilhem Lesaffre nous en apprend toujours plus sur l’univers de nos amis à plumes, renforçant le respect qu’ils devraient décidément nous inspirer. Le texte accompagnant les photographies de Michael Kenna nous explique les secrets du vol et le mode de vie de quelques spécialistes, dont ces martinets qui s’accouplent en plein vol et nous donnent l’image d’un oiseau à quatre ailes.

Chez Xavier Barral comme ailleurs, Michael Kenna décrit et suggère. Il suffit de se laisser porter. Comme les oiseaux.

(*) Michael Kenna, Des oiseaux, texte de Guilhem Lesaffre, Editions Xavier Barral, 2019. 104 pages – 49 photographies noir & blanc

1960-1970 Jean-Marie Périer: une nostalgie photographique

© Editions Privat

« Tout ce que je te demande, c’est que tes photos déplaisent aux parents ! ». Quand Daniel Filipacchi propose en 1962 à Jean-Marie Périer de partager l’aventure du magazine Salut les copains, le jeune photographe a tout juste 23 ans. L’âge de ses modèles, ces chanteurs et chanteuses de la génération yéyé, animés pour beaucoup par le rêve américain. De cette idée et avec la complicité de ses modèles dont il fut souvent proche, Jean-Marie Périer tira des photos qui n’étaient comme il le dit lui-même « que du spectacle sur papier pour distraire les jeunes et les faire rêver un peu ».

En revisitant ses archives, Jean-Marie Périer a extrait près de 400 clichés dont 150 photos inédites pour composer le premier livre de la marque d’édition qu’il met sur pied à l’approche de ses 80 ans. Complétées des souvenirs du photographe, qui raconte leur histoire et celle de ses rencontres avec les îcones en question, ces images forment un kaléidoscope qu’il est doux de feuilleter pour raviver la mémoire. Elles nous apportent aussi, par delà leur fraîcheur, quelques indications sur l’esprit de leur temps.

Françoise Hardy et Salvador Dali, octobre 1968. Photo prise à Cadaquès, Espagne.
© Jean-Marie Périer. Editions Loin de Paris/ Privat

Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Jacques Dutronc, Françoise Hardy ou encore les Beatles, les Rolling Stones, Bob Dylan et Marianne Faithfull posent devant l’objectif de Jean-Marie Périer dans tous les accoutrements et toutes les situations. Les modèles ne craignaient ni le ridicule ni le clin d’oeil fortement appuyé. Ils ne refusaient rien au photographe et jamais n’exigeaient de voir une photo avant sa publication. Les obsédés du temps et du contrôle qui les ont remplacé(e)s comme ceux qui sont venus se greffer dans le milieu pourraient s’inspirer d’une telle modestie ou d’un tel sens de l’humour.

Les Beatles à Paris, 1965. © Jean-Marie Périer.Editions Loin de Paris / Privat

En couleur presque toujours, en grand ou en petit format, les images de Jean-Marie Périer ne montrent pratiquement jamais ou si peu (comme ci-dessous en concert) la réalité ou le moment présent. De ses modèles et amis, l’auteur comprend qu’« ils étaient en confiance justement parce que je ne traquais pas leur réalité ». Si ses photographies sont mises en scène et ne prétendent aucunement tenir lieu de documents, elles portent aussi témoignage aujourd’hui d’une insouciance et d’une audace qui s’exprimaient sans guère de retenue.

Keith Richards lors d’un concert de l’American Tour des Rolling Stones, 1972.
© Jean-Marie Périer. Editions Loin de Paris/Privat

Même un prix Nobel de littérature peut tomber sous le charme: « Ces grandes filles toutes simples ne savaient pas qu’elles étaient les années 1960 », écrit Patriclk Modiano dans sa préface. « Elles se contentaient, en toute innocence, d’être des instants, et pour elles le passé ou l’avenir n’existaient pas. Le temps s’était arrêté. Il suffisait de vivre un présent éternel. Ou, plus exactement, de le rêver. Et c’est bien le rêve de ces années-là que Jean-Marie a fixé sur la pellicule ».

En fin de compte, mes photos ne représentent pas les années 1960, mais seulement les rêves des adolescents de l’époque.

Jean-Marie Périer
Mick Jagger au studio Carnot, Paris, 1971 . © Jean-Marie Périer. Editions Loin de Paris/Privat

Conscient que son approche, qu’il qualifie volontiers de dilettante, n’a pas fait de lui le plus grand photographe du monde, Jean-Marie Périer avoue regretter ce temps où il gagnait sa vie avec désinvolture et où ses commanditaires n’attendaient surtout pas de lui qu’il soit sérieux. A l’heure où la fête est finie, il nous laisse, et beaucoup sans doute lui en seront reconnaisssants, un parfum de nostalgie et des images empreintes d’une légèreté réjouissante. Comme des lambeaux de jeunesse qui ne veulent décidément pas nous quitter.

1960-1970 Jean-Marie Périer. Texte et photo de Jean-Marie Périer. Préface de Patrick Modiano. Editions Loin de Paris/Privat, 416 pages. Cartonné sous jaquette. 39,90 €

ECM 50: l’image au service du son

Un album du trio de Keith Jarrett. Enregistré en 2009, sorti en 2013
Un visuel typique de la marque
© ECM Records
Le Köln Concert de Keith Jarrett. 1975. © ECM Records

« Le plus beau son après le silence. The Most Beautiful Sound Next to Silence ». La formule d’un journaliste canadien fut très vite adoptée pour qualifier la production phonographique du label munichois ECM (Editions of Contemporary Music). Au-delà d’une empreinte sonore caractéristique, l’identité visuelle d’ECM (les pochettes de disques, en ce compris le choix des photographies) fit dès le début partie intégrante du projet. Cet apport de l’image était opportunément souligné lors d’un Festival de concerts d’artistes ECM et de conférences, organisé récemment à Bruxelles pour célébrer les 50 ans de la marque.

Le mur des pochettes ECM à Flagey. Bruxelles, Novembre 2019
Photo RD

Créée en 1969 avec le musicien (contrebassiste) et producteur Manfred Eicher comme cheville ouvrière, ECM est synonyme d’une esthétique musicale donnant au son une ampleur profonde, avec une utilisation abondante, parfois perçue comme excessive, de l’écho et de la réverbération. Le jazz — souvent européen et peu porté vers le swing — est le domaine premier de la firme. Des musiciens comme Keith Jarrett, Pat Metheny ou Chick Corea ont eux aussi enregistré chez ECM des disques qui ont marqué l’histoire du jazz. Le fameux Köln Concert de Jarrett (1975), totalement improvisé et brouillant les frontières entre genres musicaux, garantira pour longtemps la stabilité financière de l’écurie. D’autres séries ECM donnent depuis longtemps à entendre de la musique classique ou contemporaine (Arvo Pärt) et de la world music. A chacun de trouver ce qui lui parle.

New Chautauqua du guitariste Pat Metheny, 1979.
L’image, le son et l’espace
©ECM Records

Quel que soit le type de musique, le soin apporté à l’emballage du produit va toujours de pair chez ECM avec la qualité d’enregistrement. S’il ne fut pas le premier ni le seul à rompre avec la traditionnelle pochette affichant la photo de l’interprète — songeons aux albums de Blue Note dans le jazz ou à de grands disques de l’histoire du rock, ceux de Pink Floyd ou de Bowie notamment — Manfred Eicher a dès le début conçu ses albums non seulement comme de la musique enregistrée mais aussi comme un objet à regarder.

La graphiste Barbara Wojirsch ainsi que des photographes et artistes tels Roberto Masotti et Dieter Rehm ont oeuvré à la conception de pochettes évocatrices du contenu. L’exposition bruxelloise au bâtiment Flagey permettait de réaliser à quel point ces images, souvent floues, de grands espaces ou d’ambiances mystérieuses font écho au son gravé pour un catalogue qui avoisine aujourd’hui les 1500 numéros. Chargées d’une atmosphère souvent éthérée ou mystérieuse, illustrant des paysages ou des lieux souvent déserts, les pochettes ECM apparaissent comme la traduction ou la représentation du son. Le cover art est partie intégrante du produit et sert de porte d’entrée dans la musique. Il est là non pas pour faire illusion mais fonctionne comme une allusion ou comme une métaphore: la pochette oriente l’amateur vers la musique, lui donne des pistes pour l’écoute et la rêverie.

Un des albums de Jan Garbarek avec le Hilliard Ensemble. Alliance audacieuse entre un saxophoniste norvégien et un ensemble vocal britannique. 2010
© ECM Records

La majorité des photographies sont en noir et blanc et nombre d’entre elles tendent vers le minimalisme. Les paysages évoquent fréquemment les pays nordiques. Le fondateur et producteur Manfred Eicher privilégie de son propre aveu les ambiances de ce type (de nombreux musiciens ECM sont d’ailleurs originaires de Scandinavie). Plus de variété apparaît toutefois au fil du temps dans l’iconographie mais la tonalité reste généralement austère et énigmatique. Les rares photographies d’artistes sont presque systématiquement renvoyées au dos de la pochette. Le légendaire saxophoniste américain Charles Lloyd fait figure d’exception.

Souvent copiée ou dénaturée dans la fadeur de la musique d’ambiance (ambient music), l’esthétique ECM doit s’apprécier dans sa totalité. Elle retrouve une dimension à sa mesure avec le renouveau du disque et des pochettes vinyl. En s’appuyant comme à ses débuts sur les dispositions d’un public avide de climats où la beauté, même austère, surgit de l’expérimentation et en continuant de jeter des ponts entre les disciplines artistiques, le label ne fait pas son âge.

Article écrit en réécoutant quelques-uns des plus beaux morceaux du Marcin Wasilewski Trio, un des fleurons de la marque ECM en jazz contemporain.

Le Studio Harcourt ou l’art de la lumière

Plateau Cocteau. © Studio Harcourt

Depuis sa création il y a 85 ans, d’innombrables vedettes du cinéma et autres personnalités mais aussi des particuliers comme vous (et moi!) se sont prêtés au jeu du portrait par les bons soins du prestigieux Studio Harcourt. Un portrait en noir et blanc dans le « style Harcourt », avec ses caractéristiques et selon un savoir-faire immuable appliqué dans ce lieu de légende de la photographie, actuellement niché dans le XVIè arrondissement.

Carole Bouquet
Photo Studio Harcourt
Commons Wikimedia.org

Un portrait Harcourt se présente typiquement comme un plan rapproché du sujet, photographié sous son meilleur angle, le plus souvent de trois-quart et/ou en contre-plongée mais pas toujours – témoin ce superbe portrait en lumière faciale de l’actrice Carole Bouquet. La mise au point se fait traditionnellement sur le brillant des yeux, l’arrière de la chevelure et même l’oreille pouvant être flous.

Mais ce qui caractérise véritablement un portrait Harcourt, outre la fameuse signature, c’est qu’il est éclairé par une lumière, souvent latérale ou en halo, émanant de projecteurs de cinéma. Cette lumière crée un effet prononcé de clair-obscur, avec un fond de dégradé du gris au noir. Selon son actuel président, environ 150 photographes ont réalisé de telles prises de vue au studio depuis sa fondation. Tous se sont inscrits dans ce « style Harcourt », dicté par le modus operandi des premiers photographes-maison, venus des plateaux de cinéma et spécialisés dans la manière de ciseler des éclairages au tungstène qu’ils appliquèrent au travail en studio. Harcourt resta ainsi longtemps fidèle aux lampes à filament au tungstène, relativement peu prodigues en lumière. Comme les pellicules noir et blanc avaient une sensibilité très faible comparée à celle des émulsions actuelles, une ouverture de diaphragme importante s’imposait naturellement. La profondeur de champ obtenue était forcément assez réduite et engendrait des contours flous.

Cosette Harcourt
Photo Studio Harcourt
Commons.Wikimedia.org

Le studio fut fondé par une femme, Cosette Harcourt, pseudonyme de Germaine Hirschfeld, qui le mit sur pied en 1934 suite à sa rencontre avec deux patrons de presse, les frères Lacroix. Cette femme moderne au genre de vie très libre fit rapidement de son studio un passage obligé pour les artistes et « tous ceux qui ont besoin du public ». La réputation de l’endroit devint telle que tout ce qui comptait ou voulait compter dans le domaine du cinéma et du théâtre mais aussi de la littérature, de la danse ou de la politique se précipita chez Harcourt pour obtenir son portrait. Le studio, qui déménagea maintes fois dans Paris, connut dès lors des années fastes avant et après la Deuxième Guerre mondiale quand toutes les grandes vedettes de l’écran (Louis Jouvet, Michel Simon, Jean Gabin, Marlène Dietrich, Clark Cable, Brigitte Bardot) mais aussi de la chanson (Edith Piaf, Jacques Brel par deux fois, Serge Gainsbourg,..) vinrent poser chez Harcourt.

Alain Bashung, chanteur. Une photo du Studio Harcourt sous licence libre Creative Commons

La collaboration du studio avec sa fondatrice prit fin dans les années ’60 et Cosette Harcourt disparut en 1976. Les transformations intervenues dans le monde de la photographie et l’arrivée sur le marché de nouveaux types d’appareils précipitèrent ensuite le déclin de la marque Harcourt dans les années 1980. La maison déposa même son bilan en 1989.

Sous l’impulsion de Jack Lang et du Ministère de la Culture, les archives du studio, riches de quelques 6 millions de négatifs, furent cependant rachetées par l’Etat français. Le studio fut repris en 1993 par Pierre-Anthony Allard, un de ses anciens photographes. D’autres associations et de nouvelles directions suivirent, garantissant la pérennité du style et de ce patrimoine unique. En juin 2010, la direction du studio entreprit de confier une partie de son fonds d’images sous licence libre à Wikimedia Commons. Ces dernières années le studio a diversifié ses activités (boutique, beauté, café). Il continue de monter des expositions et d’offrir son magnifique écrin (*) pour des événements divers qui donnent à ses visiteurs l’occasion d’admirer son patrimoine.

L’exception qui confirme la règle. Un cadrage exceptionnellement large avec une composition en triangle. Mélanie Laurent. © Studio Harcourt

On notera, en parcourant de la sorte la galerie des portraits Harcourt, que le cadrage en coupure inférieure se fait souvent sur une ligne située à mi-bras, entre l’épaule et le coude. Ce classique du studio ajoute à la représentation du visage des éléments corporels qui révèlent la corpulence et une attititude du modèle (Zinedine Zidane, par exemple).

Un cadrage très serré (close-up portrait) se retrouve plus rarement avec des sujets féminins mais s’emploie volontiers et convient manifestement aux « grandes gueules » masculines du cinéma (Michel Simon). Au-delà du maquillage qui s’applique ici aux hommes comme aux femmes, l’intention est sans doute de représenter un sujet féminin avec une peau sans défaut là où les rides et les imperfections serviront au contraire à valoriser une personnalité masculine.

On trouvera de beaux sujets d’étude dans les emblématiques Portraits du cours Florent, une exposition de portraits d’anciens élèves du célèbre cours parisien d’art dramatique, actuellement présentée chez Harcourt à l’occasion de la sortie de l’ouvrage Au cours Florent (**). Une autre exposition en collaboration avec Normal Magazine illustre en couleurs les Contes & Légendes, une série de portraits aux évocations oniriques et sensuelles comme ce Bacchus.

La couleur chez Harcourt, une évolution.
Bacchus. Série Contes et Légendes. Normal Magazine.
© Studio Harcourt

Même si vous ne pouvez vous permettre une séance particulière de maquillage et de portrait au studio (sachez toutefois qu’il existe ici et là en France et forcément à Paris des cabines Harcourt de type photomaton de luxe au tarif plus modeste), n’hésitez pas à aller découvrir ce lieu mythique. Plaisir garanti aux passionnés de l’art du portrait et de la lumière.

Pour aller plus loin:

(*) Harcourt Studio. 6, rue de Lota, 75116 Paris. http://www.studio-harcourt.eu
(**) Ouvrage de François Florent (éd. du Chêne). Portraits d’une soixantaine de ces Florentins devenus des figures de la scène cinématographique et théâtrale. Jusqu’au 31 décembre 2019 au Studio Harcourt.

De la chambre noire à Instagram: chronologie de la photographie

© Editions Eyrolles

Un nouveau livre consacré à l’histoire de la photographie vient de paraître aux Editions Eyrolles (*). Il s’agit, dans une traduction française irréprochable, d’un ouvrage très agréable à lire et à parcourir, confectionné sous la direction de Paul Lowe, maître de conférence en photographie documentaire et directeur de cours à l’Université des Arts de Londres. Ce photographe multiprimé a couvert pour la presse (Time, Life, etc.) des sujets comme la chute du Mur de Berlin, la libération de Nelson Mandela, le conflit en ex-Yougoslavie et la destruction de Grozny.

Le propos est de retracer l’évolution de la photographie, de la camera obscura au smartphone, en faisant parler les oeuvres et leurs créateurs. Sous forme d’une chronologie thématique, le livre replace les étapes, les genres et les photographies dans leur contexte. Il est structuré en six grands chapitres couvrant chacun de deux à cinq décennies, eux-mêmes divisés en tranches de quelques années pendant lesquelles telle ou telle avancée technologique, tendance ou genre photographique est survenu ou trouvé son essor. Grâce à une frise chronologique, le lecteur visualise l’évolution, le développement de tel ou tel type de photographie (documentaire, portrait, mode, espace, etc.) et les courants successifs, du pictorialisme à la manipulation actuelle des images, avant comme après la prise de vue.

Louis Daguerre, Boulevard du Temple. 1838. Daguerréotype. Domaine public.
Présenté comme la première photographie montrant un être humain.

Le premier chapitre, des débuts à 1850, retrace les découvertes et les efforts des pionniers dont Daguerre (ci-dessus) avant d’entrer plus précisément, par exemple, dans les années 1853-1855, lesquelles marquent une étape de la photographie sociale avec le brevet du procédé des cartes de visite en images et coincident par ailleurs avec la représentation des conflits armés. Un focus sur la photographie de guerre s’insère dès lors à cet endroit, avec une présentation des photographies les plus emblématiques du genre, ce qui autorise des rapprochements d’uné époque à l’autre: une image datée de 1863 montrant des cadavres en décomposion à Gettysburg pendant la Guerre de Sécession aux Etats-Unis voisine avec une photographie de la guerre du Vietnam (1966) ainsi qu’avec un texte sur James Natchwey, grand nom de la photographie des conflits de la fin du XXè et du début du XXIè siècle.

Man Ray. Violon d’Ingres.1924. © Gagosian & 1900-2000

On voyage dans le temps, en reconnaissant et apprenant à mieux connaître les images mythiques telles ce fameux Violon d’Ingres de Man Ray que nous avons pu contempler à Paris Photo. On découvre aussi nombre d’images moins célèbres mais curieuses, symptomatiques ou jetant des ponts vers d’autres formes d’art. On apprend de la sorte que l’écrivain Lewis Carroll était aussi photographe en voyant le portrait de sa muse, inspiratrice d’Alice au pays des merveilles.

Les textes concernant les différents genres de photographie ont le mérite d’expliquer les débats soulevés par le genre en question. Citons, à titre d’exemple, pour la fin des années 1870, le fait que les événements non photographiés pouvaient alors passer pour négligeables (la famine de Madras, l’escalavage dans le Sud des Etats-Unis), tandis que les innovations technologiques étaient mises en lumière à côté des célébrités les plus photogéniques. De quoi trouver quelques ressemblances avec notre époque.

Situation room – Salle de crise, 2011. © Peter Sousa
Traque de Bin Laden. Image d’un événement d’actualité non représenté

Signe d’un engouement pris en compte par les éditeurs, les ouvrages consacrés à l’histoire de la photographie sont décidément publiés en grand nombre depuis quelques années. Ce beau livre-ci, sous couverture rigide et à l’iconographie judicieusement choisie (320 photos), fera certainement des heureux au moment des fêtes et figurera longtemps parmi les plus intéressants. Il s’achève par un glossaire, des références vers d’autres lectures et une question pour prolonger la réflexion: qu’est-ce qu’un photographe aujourd’hui, quand l’identité de l’auteur importe moins que l’utilisation qui est faite de la photographie?

(*) Chronologie de la photographie. Paul Lowe. Editions Eyrolles. Relié, 272 pages. 29,90€.