Expo Doisneau à Dinard: l’unité d’un homme sensible

© Atelier Robert Doisneau – N98 près de Sainte-Maxime, 1959

L’œuvre de Robert Doisneau est vaste et plus variée qu’on ne le pense parfois. La ville de Dinard a offert cet été un merveilleux écrin, celui de la Villa Les Roches Brunes, à une bonne centaine de photographies parmi plus de 450,000 négatifs conservés par l’Atelier du maître. Le choix forcément drastique a porté sur des images emblématiques et autres, conduisant au fil des salles et des tirages argentiques et originaux à la (re)découverte de celui qui savait si bien capter l’éphémère mais aussi le monde du travail, la personnalité des artistes et même la beauté des femmes.

Les images iconiques, celles du fameux baiser de l’Hôtel de Ville ou de Paris-Banlieue, comme celles plus rarement rencontrées telles cette bigoudène au pied de la Tour Eiffel, se répondent dans une même émotion. En reportage pour un magazine, dans son travail de commande chez Renault ou en goguette dans un bistrot, le « révolté du merveilleux » exerce son art avec la même qualité de regard espiègle et tendre. De l’usine de tissage aux soirées mondaines, de la chaîne de montage des automobiles aux plateaux et vedettes de cinéma, Doisneau dépasse les contraintes et saisit ce que le hasard lui propose, en pêcheur d’images.

Le parcours est émaillé des pensées du photographe, qui doit être, disait-il, « comme ce qu’il emploie, une surface sensible ». L’exposition présente également des souvenirs, objets et documents personnels — lettres, cartes postales, dessins même, ainsi qu’une maquette de l’atelier de Doisneau à Montrouge, réalisée par la petite-fille de « RD ». Judicieusement conçue et montée, cette exposition met en lumière, à travers les thèmes de l’artiste ou du photographe employé dans l’industrie, la belle unité d’un homme profondément attachant.

Ce bel hommage à celui qui aimait la belle ouvrage mais n’était jamais obéissant a largement trouvé et séduit son public. Belle et généreuse idée aussi que ce livret gratuit, remis à l’entrée, qui accompagne le visiteur au-delà du parcours, et d’abord sur la terrasse de la Villa, devant ce qui est peut-être le plus beau paysage marin sous nos latitudes. On quitte le lieu à regret, en songeant comme Doisneau que la beauté échappe, heureusement, aux modes passagères.

L’œuvre immense mais aussi les mots de Doisneau méritent plus qu’un regard nostalgique.  Ils sont sans doute à méditer devant une certaine photographie contemporaine qui donne à voir (et à vendre) du « paysage social », urbain ou périurbain (comme la banlieue d’aujourd’hui), constitué essentiellement de béton et de vide.  « Le monde que j’essayais de montrer était un monde où je me serais senti bien, où les gens seraient aimables, où je trouverais la tendresse que je souhaite recevoir. Mes photos étaient comme une preuve que ce monde peut exister ».

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