Devant et derrière l’objectif: Jean-Michel Folon et ses photos graphiques

Jean-Michel Folon est surtout connu en tant qu’illustrateur, affichiste, aquarelliste et sculpteur. Cet artiste belge (1934-2005) fut reconnu aux Etats-Unis par le biais de ses couvertures de magazines (Esquire, The New Yorker) avant de bénéficier d’une plus large notoriété – notamment en France et au Japon. Il n’avait pas pour ambition, selon ses propres dires, de figurer dans une histoire de l’art et laissait chacun libre de le comprendre comme il veut.

C’est par la photographie et les « Folon Photos Graphiques » (*) que la Fondation Folon, installée à La Hulpe non loin de Bruxelles au cœur du merveilleux Parc Solvay, nous fait actuellement mieux connaître l’univers d’un homme aux multiples formes d’expression. Une sélection d’images en noir et blanc nous révèle comment Folon utilisait le 8è art pour nourrir son œuvre. Des flèches qui ne mènent nulle part, des objets de la vie quotidienne détournés de leur fonction première, des routes qui s’envolent. Les villes modernes telles que perçues par Folon sont source d’aliénation et le langage des signes traduit la confusion de l’homme moyen, ce personnage souvent seul devant son époque et son environnement. La réalité pour Folon débouche sur l’imaginaire et l’absurde se conjugue avec la poésie. Nous ne sommes pas loin de Jacques Tati parfois.

Masque. ©Fondation Folon

Cette exposition temporaire nous montre aussi Folon au travail dans ses différentes pratiques artistiques ou dans une entente complice avec une palette de célébrités de l’époque (Simenon, Toots Thielemans, Woody Allen, entre autres). Folon croise de grands photographes (Cartier-Bresson, Sieff, Lartigue) qui le fixent sur leur pellicule. Il saisit lui-même ses pairs, derrière un masque (Pierre Alechinsky), à visage découvert (Milton Glaser, David Hockney, César) ou dans leur milieu de travail (Fellini). Il photographie au vol des acteurs (Yves Montand) et donne la réplique aux actrices (Marlène Jobert). L’un ou l’autre film documentaire éclaire sa personnalité.

Folon regardait le monde et la vie en poète (ses photos de New York sous la neige) comme en documentariste (les pyramides et les panneaux en Egypte). Si les images issues des archives de la Fondation se suffisent à elles-mêmes, elles fonctionnent d’évidence comme un carnet de croquis et d’esquisses pour les autres techniques. Comme telles, elles témoignent de la cohérence d’une œuvre dont la portée et la thématique sont universelles, ce qui devrait garantir sa longévité.

La Fondation imaginée par l’artiste et mise sur pied de son vivant perpétue et fait vibrer aujourd’hui cette œuvre aux multiples facettes, aisément accessible pour tous et pour tous les âges. Jean-Michel Folon nous fait rêver mais nous emmène plus loin que sa séduction immédiate : « Si Folon accorde tellement d’importance au regard, c’est parce qu’il sait (…) que c’est d’abord à travers ce sens qu’il faut interpeller les gens pour les faire s’arrêter, regarder et entrer dans l’image si l’on veut les toucher et les inciter à réfléchir. »

(*) Exposition jusqu’au 25 novembre 2018 à la Fondation Folon, drève de la Ramée 6A, La Hulpe. http://www.fondationfolon.be

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