Paroles de photographes

Une image vaut mille mots, s’il faut en croire l’adage. Mais si, comme souvent aujourd’hui et souvent pour le pire, l’image remplace les mots, alors il est d’autant plus utile et intéressant de se plonger dans l’esprit des grands maîtres de la photographie. C’est ce que nous invite à faire Henry Carroll avec un ouvrage paru aux Editions Pyramid (*).

©Pyramid Editions

Fondateur d’une des principales agences britanniques en matière de cours et d’événements autour de la photographie, Carroll rend compte des points de vue personnels de 50 photographes, pour la plupart contemporains, sur leur art et leur pratique. A côté des images, l’auteur fournit le contexte, des anecdotes, citations et interviews. La palme des citations à Man Ray : « À la question : ‘Quel appareil utilisez-vous ?’, je réponds : ‘on ne demande pas à un écrivain ce qu’il utilise comme machine à écrire’. »

Olivia Bee rappelle qu’il est « bien plus important de savoir prendre une photo que de savoir utiliser un appareil photo », Hellen Van Meene que « les photos ne deviennent pas meilleures quand elles sont agrandies » et Todd Hido que trop de liberté dans la création peut conduire à l’incohérence. Amalia Ulman nous incite à nous pencher sur la façon dont nous consommons les images. Devant tous ces selfies partagés en ligne, devons-nous comprendre que la photographie a fait de nous des vendeurs et que nous sommes dans un rapport dans lequel nous sommes le produit vendu ? Joan Fontcuberta, par ailleurs, nous montre à quel point la photographie peut déformer la vérité: ce qui apparaît comme un ciel nocturne constellé d’étoiles lointaines n’est en réalité qu’un ensemble de moucherons écrasés sur le pare-brise de sa voiture. L’outil de communication, cela n’est pas nouveau, peut fort bien nous piéger, ce qui soulève une question : si nous rejetons le rapport de la photographie à la vérité, que deviendra-t-elle et quel rôle – si tant est qu’elle en ait un – jouera-t-elle dans nos vies?

Le mot de la fin à William Henry Fox Talbot, qui réalisa en 1835 le plus vieux négatif : « Je ne prétends pas avoir perfectionné un art, mais en avoir initié un, dont les limites sont à présent difficiles à établir exactement ». A l’heure du téléphone portable, 184 ans plus tard, quelque chose au moins n’a pas vraiment changé : une photographie reste de la lumière capturée.

(*) Des photographes sur la photographie, Henry Carroll, Pyramid Editions; en traduction française. 16,90€

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