Jacques Henri Lartigue ou la chronique d’une vie

Chroniqueur inspiré de sa propre vie, Jacques Henri Lartigue a raconté celle-ci en images empreintes d’une grâce qui n’est pas vraiment l’apanage de la photographie d’aujourd’hui. Les Editions Flammarion viennent de faire paraître un petit livre (*) contenant une sélection d’images puisées au fil d’une longue existence pendant laquelle un photographe ne renoncera jamais à l’intimité tout en pratiquant l’ouverture et en maîtrisant l’espace.

© Editions Flammarion

Né dans une famille qui le dispensera pour un temps des soucis financiers, Lartigue photographie ses proches, son milieu, celui des élégantes et des mondanités. Les loisirs et les activités de plein air s’inscrivent rapidement dans son champ de vision. Photographe de l’instantanéité et de la spontanéité, Lartigue saisit très jeune et avec une impressionnante maîtrise le mouvement de la vie. Fasciné par la vitesse, il capte à Dieppe en 1913 au Grand Prix de l’Automobile Club de France une image qui reste parmi les plus étonnantes de la photographie de sport. Passionné d’aviation, il photographie les meetings des pionniers, les fous volants et leurs drôles de machines.

Grand Prix de l’Automobile Club de France ou « l’automobile déformée », photographie collée dans l’album de 1912, datée de 1913 
Photographie J. H. Lartigue © Ministère de la Culture (France), MAP-AAJHL

Ses épouses successives poseront toujours devant l’objectif de Lartigue, depuis la Belle Epoque jusqu’à la découverte de la couleur. Non content de photographier ses proches, il annote, recense, documente sa vie. Son approche est celle d’un amateur mais son oeil et sa technique sont le fait d’un expert. S’il exerce son art en privé, ses clichés du début du siècle sont d’une audace et d’une précision telles qu’ils seront pour longtemps les témoins d’une époque.

Malgré des expositions sur le sol français, les années ’30 et ’40 coïncident avec un revers de fortune. Pendant toute cette période, Lartigue, également peintre (son activité professionnelle) et écrivain (il tient un journal), n’est guère reconnu sur la scène internationale. Surnommé le « peintre des fleurs et des femmes » par la presse des années ’50, il parvient pourtant à s’affirmer grâce à sa photographie, dans laquelle son originalité véritablement s’exprime, et publie régulièrement ses images par l’entremise de l’agence Rapho.

C’est la rencontre dans les années 60 de John Szarkowski, conservateur du département photo du MOMA de New York, qui ouvre définitivement à Lartigue les portes de la notoriété. Fin 1963, le magazine Life lui consacre un portfolio dans son numéro consacré à la mort du Président Kennedy. Une première rétrospective majeure est organisée à Paris en 1975.

Portrait officiel de Valéry Giscard d’Estaing © La Documentation française. Photo Jacques Henri Lartigue

L’année précédente, en 1974, Lartigue avait réalisé le portrait officiel du nouveau Président de la République française, rompant délibérément avec les canons du genre: « Le téléphone sonne. Quelques instants plus tard, Florette revient, l’air perplexe : on lui a dit que le président voulait me parler…Le président? Quel président? Le président de quoi ? Le Président de la République française. (…) Et on me passe Valéry Giscard d’Estaing qui me demande de faire la photo officielle de son septennat…Un peu décontenancé, je lui réponds que c’est impossible, que je ne sais pas faire ce genre de chose, et que mes photos n’ont rien à voir avec le genre  » photo officielle « . Justement, affirme-t-il, c’est ce qu’il veut.»

Premier photographe français ayant fait don de son oeuvre à l’Etat (**), Lartigue a relu et consigné sa vie dans un ensemble de 126 albums. Quand il s’éteint en 1986 à l’âge de 92 ans, il laisse plus de 120 000 clichés, des milliers de pages de journal et 1500 peintures.

« Et maintenant à vous, modestes photos, de faire ce que vous pourrez – bien peu, je le sais – pour tout raconter, tout expliquer, tout faire deviner… tout, même – et surtout – ce qui ne se photographie pas » — Jacques Henri Lartigue

Ce petit livre est une jolie porte d’accès vers une oeuvre où éclate le bonheur de vivre et de photographier. Une oeuvre plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord, celle d’un homme qui garda un regard d’enfant et qui continue de séduire par son sens de l’émerveillement.

(*) Jacques Henri Lartigue, Editions Flammarion, broché, 128 pages, 9,90€

(**) La Donation Lartigue a la responsabilité de conserver et de diffuser le fonds.

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