Des mots et des photographies : le temps retrouvé

Tout en ces jours est décidément remis en question, même ce qui constitue la matière de ce blog: pas d’expositions ni de galeries à visiter, pas de livres ou nouvelles parutions dans la boîte aux lettres. La photographie, outil privilégié pour raconter une époque mais aussi pour remonter le temps, peut pourtant nous venir en aide. Synonyme d’arrêt provisoire, la période est l’occasion de se replonger dans notre bibliothèque. Le blogueur a retrouvé quelques livres plus ou moins rares ou peu connus qui l’avaient particulièrement marqué ou touché.

Editions Taschen

40 ans de photographie. Jeanloup Sieff.

Une monographie fort attachante et originale, celle de Jeanloup Sieff. Toujours guidé par le plaisir dans ses envies mais reconnaissant également qu’il fut toute sa vie à la recherche du temps perdu, Sieff (1933-2000) se prêta à l’exercice en revisitant quatre décennies de ses photographies, laissant remonter des souvenirs qu’il eut le bon goût de consigner. Derrière une belle dose de modestie, son écriture recelait une verve réjouissante et un fameux talent pour les jeux de mots. Sieff ne fut pas seulement un photographe de mode ou de nu, domaines dans lesquels il excella par son élégance et une profondeur empreinte de mélancolie. Ses paysages comme ses portraits séduisent toujours par des jeux d’ombre et de lumière qui sont l’essence de la photographie.

Une réédition chez Taschen, 2010.

Editions Contrejour

Skyline. FrancoFontana.

Paru en 1978, ce livre rompait résolument avec la photographie italienne de son temps en nous révélant « les tableaux vivants que nos yeux n’avaient pas encore perçus ». Le paysage ramené à ses éléments essentiels dans une exaltation des couleurs et des formes. « La créativité », comme le dira Fontana lors d’une conférence de presse en 1997, « ne signifie pas photographier ce qui est mais ce que nous imaginons qui soit. (…) Le photographe découvre le monde à travers ce qu’il a en lui et en même temps il a besoin du monde pour le découvrir. Ainsi, libérez l’artiste qui est en vous et laissez cet artiste faire d’abord des photographies et pensez ensuite. » Un ouvrage essentiel et fondateur.

Editions contrejour. Réédité chez le même éditeur en 2013.

Love in black and white. Poems by Bianca Rossini. Photographs by Michael Kenna.

A (re) découvrir aussi, une collaboration inédite de Michael Kenna avec la chanteuse et actrice d’origine brésilienne Bianca Rossini. Un livre publié en 2009 chez Nazraeli Press et superbement imprimé sur papier japonais dans une édition limitée à 1500 exemplaires. De courts poèmes en anglais placés en regard des images du photographe, qui leur font écho. Comme cette image qui renvoie à la quatrième de couverture:

Nazraelli Press

What color should I wear ?

What color do you love ?

Wahat color makes you dream ?

What color ?

Lavender in the morning ?

Orange in the afternoon ?

Scarlet in the evening ?

What color should i wear

When I’m in your arms ?

Bianca Rossini

Editions Le Cherche Midi

Grand bal du printemps. Jacques Prévert et Izis.

En remontant le temps jusqu’à 1951, une autre collaboration entre poésie et photographie. Le photographe humaniste Izis (patronyme: Bidermanas) s’était mis au service d’un poète (ou peut-être était-ce l’inverse?) qu’on connaît surtout comme l’ami de Doisneau. Ce livre est né lors de promenades dans Paris dont les deux compères chantent ici la gloire, un peu comme s’ils écrivaient « son nom sur les murs » ou « comme un cœur sur un arbre ». Ils remettront le couvert l’année suivante avec les Charmes de Londres. Leur Sacre du printemps nous enflamme à chaque double page. L’accord entre le texte et l’image est parfait et le livre a décidément pris un charme fou avec le recul du temps.

Une courte vidéo d’époque raconte ici la naissance de ce merveilleux projet. Editions Clairefontaine. La Guilde du Livre, Lausanne, 1951. Réédition au Cherche Midi, 2008.

A la fin de ce véritable trésor figurent ces vers de Prévert, qui résonnent étrangement aujourd’hui :

Allez allez

ne ramenez pas votre science

Tout le monde ne peut pas tuer tout le monde

Croyez-en ma vieille expérience

Alors

tout saccagé qu’il est

le Grand Bal du Printemps

peut-être

ne fait que commencer

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