Trouver des sujets dans notre quotidien avec Harald Mante

Après la publication, il y a un an, de son ouvrage de référence dédié à la théorie des couleurs, les Editions Eyrolles diffusent un autre livre d’Harald Mante (*). Ce photographe, designer et profes­seur allemand issu du Bauhaus, âgé aujourd’hui de 85 ans, exerça une grande influence sur la photographie couleur, en particulier mais pas seulement dans son pays. La nouvelle parution est la refonte d’un ouvrage édité il y a 25 ans sous le titre Motive kreativ nutzen (Utiliser des sujets de manière créative), plus explicite au demeurant que le titre en français.

© Editions Eyrolles

Avec sa compagne, la sculptrice Eva Witter, Mante a remis l’ouvrage sur le métier, muni, nous dit-on en préface, d’un petit boîtier numérique et d’un smartphone afin de renouveler complètement les illustrations. Ceci nous vaut plus de 400 images à l’appui de courts textes qui nous invitent à puiser dans tout ce qui nous entoure des « motifs » (entendez des sujets) à photographier. Mante nous incite à garder les yeux ouverts, à aiguiser notre regard pour faire de ces « motifs », à priori banals, des images créatives.

Tout commence donc par la reconnaissance du sujet et se fonde sur le principe selon lequel « vous ne pouvez reconnaître que ce que vous connaissez déjà ». Mante a l’ambition de nous faire découvrir de nouveaux points de vue en trouvant matière partout: fenêtres factices, maisons mitoyennes dont les couleurs présentent un contraste, voitures en stationnement, mannequins en vitrine, cadre à l’intérieur du cadre, reflets et architecture en miroir, et même…toilettes publiques.

Une certaine banalité transparaît aussi dans les textes de l’ouvrage (« une ligne verticale divise l’image en deux parties, gauche et droite ») et la réactualisation de l’écrit ne va pas sans l’énoncé de quelques évidences: partant du constat qu’en raison des réseaux sociaux, « le délai entre la création d’une photo et sa diffusion est devenu très bref » et que « la plupart des sujets sont devenus quelque peu ordinaires », il faudra forcément trouver « des interprétations et associations nouvelles ».

Ce livre, dont le didactisme peut ou non s’apprécier selon votre sensibilité, permet par ailleurs de réfléchir sur la présentation d’une séquence photographique, depuis la paire d’images jusqu’aux séquences beaucoup plus longues. Mante nous présente ses propres séries comme celles réalisées à quatre mains, qui sont sans doute les plus originales. Un exemple: les deux partenaires, lors de la visite d’un château, utilisent exceptionnellement cette fois-là des appareils argentiques et notent que certains détails se chevauchent dans la mémoire. D’où le recours au procédé classique de la surimpression pour fusionner leurs vues de l’intérieur et de l’extérieur du château en une seule image. Et là alors, c’est vrai, nous sommes bluffés.

(*) La photo. Composition et motif. Harald Mante, Eva Witter. Adapté de l’allemand par Volker Gilbert. Editions Eyrolles. Cartonné, 190 pages, format 27×26, 28€.