La photo et ses secrets : trois livres pour mieux les connaître

Alors que nos magazines photo de langue française connaissent des soucis de rentabilité et de diffusion (témoin la très regrettable disparition, pour de multiples causes, du Monde de la photo), les publications d’ouvrages spécialisés sur la pratique et les domaines de la photographie ne font décidément pas défaut. Peut-être faut-il y voir le signe d’une évolution où, à côté des utilisateurs de smartphone n’ayant d’autre souci que de fixer à la chaîne des images éphémères, un public plus restreint mais aussi plus averti et avide d’approfondir ses connaissances cherche encore à mieux maîtriser la technique ou à trouver l’inspiration en fonction de ses intérêts particuliers.

Plusieurs parutions ou rééditions sont notamment intervenues récemment aux Editions Eyrolles dans la collection Secrets de photographes, qui s’était entre autres enrichie l’an passé d’ouvrages sur les secrets de la lumière et de l’exposition, de l’astrophoto, des anciens procédés alternatifs, et même de la photo de boudoir.

© Editions Eyrolles

Dans Les secrets de la photo de nature onirique (*), nouvel opus de la même collection, Myriam Dupouy se propose d’aider le photographe passionné de nature à « dénicher la clé des songes » dans les paysages qui l’entourent, à traduire en images des atmosphères mystérieuses, à sublimer une émotion et surtout à paufiner une narration photographique pour transmettre à travers des images de la poésie et de la féérie.

Puisque « les rêves sont des images » et qu’ « alors les images peuvent être des rêves », le photographe est naturellement l’un des mieux placés pour illustrer nos rêves. Myriam Dupouiy introduit son sujet dans une première partie plutôt « philosophique »: convenons avec elle que « notre personnalité, nos états d’âme ressortent de nos photos », du moins tant quand il ne s’agit pas d’un travail de commande – encore que….

Formatrice pour la Nikon School, la Fédération Photographiqe de France et le Festival de l’oiseau et de la nature, l’autrice nous entraîne alors à la découverte des ambiances qui ouvrent la porte de l’imaginaire, à commencer par la brume qui plonge dans le mystère, par les merveilles de la forêt avec ses couleurs vives, ses feuillages éclairés ou encore ces trouées qui permettent de mettre en valeur un sujet. Myryam Dupouy dispense ses conseils de prise de vue pour l’heure bleue et l’heure d’or, ces moments magiques qui peuvent donner du fil à retordre au photographe, pour la pratique du low key et de son contraire, le high key. Comment faire pour plonger le spectateur de vos photos dans une atmosphère éthérée, dessiner avec la lumière et animer son « petit théâtre d’ombres » (Robert Doisneau).

L’eau dans tous ses états, y compris la neige et les nuages, ont forcément voix à leur chapitre de même que la nuit, ce berceau des rêves qui fournit prétexte ou oblige à pousser son matériel pour en tirer des effets qui ne pourront toutefois brouiller la lisibilité. On aborde aussi la macro et les possibilités qu’offrent la profondeur de champ, le recours au flou et au bokeh.

Illustré des images de la photographe, l’ouvrage se clôt sur d’autres techniques portant à l’onirisme tels la surimpression ou le « boîtier-pinceau », entendez le fait de se servir de son boîtier comme d’un pinceau pour créer des effets de bougé ou obtenir des tableaux impressionistes. Quoi de plus naturel, en somme, puisque cette école de peinture est aussi redevable au développenent de la photographie.

Et Myriam Dupouy d’avouer, en conclusion, que s’il ne fallait retenir qu’une seule chose de cette lecture, c’est bien que « ce n’est pas la photo de nature qui est onirique mais la nature elle-même ». D’où l’importance d’apprendre à voir autant qu’à photographier.

(*) Les secrets de la photo de nature onirique. Emotion-Narration-Ambiances-Techniques. Myriam Dupouy. Editions Eyrolles, Collection Secrets de Photographes. Broché, 176 pages, format 17×23 cm, 24 €.

Deux rééditions dans la même collection:

© Editions Eyrolles

On connaît le talent pédagogique de Gildas Lepetit-Castel. Ce photographe, formateur et éditeur indépendant, nous aide à penser autrement la photographie, selon une démarche axée sur la créativité, et nous a aussi expliqué comment concevoir son livre de photographie. On saluera la réédition de son ouvrage consacré à la photographie de rue, une pratique qui a fatalement subi l’impact de la crise sanitaire, d’autant que le port du masque a encore changé la donne. Reste à espérer que les photographes retrouveront bientôt et pleinement ce terrain pour capter, comme le dit Gildas, « autant de petits rectangles d’émotions sincères ».

Cet ouvrage très riche, brillamment illustré des photographies de l’auteur et qui fait désormais référence, remonte aux origines. Plutôt que de tenter une définition de la photo de rue, il commence par s’interroger sur ses finalités, sachant qu’il y a autant de regards que d’auteurs/photographes sur nos lieux publics, sur l’humain et sur son cadre de vie.

Pratique et toujours intéressant grâce à la personnalité et à l’originalité de l’auteur, le livre traite les questions de l’équipement, des réglages, des repérages, de l’attitude du photographe face au sujet ainsi que les problématiques spécifiques à l’éditing. Des images expliquées fournissent autant d’exemples de composition et de narration, pour utiliser le décor, jouer avec les lignes et le contre-jour. Un cahier pratique permet de faire ses gammes et de gagner en assurance en développant les bons réflexes en situation réelle. On lira avec intérêt également les témoignages recueillis par Gildas d’autres photographes qu’il apprécie tels Jean-Christophe Béchet ou Bernard Plossu, ce qui brosse un joli panaroma d’approches de la photographie de rue et rend l’ouvrage décidément très complet. A recommander sans hésitation.

Les secrets de la photo de rue. Approche-Pratique-Editing. Gildas Lepetit-Castel. Editions Eyrolles, collection Secrets de Photographes. Broché, 240 pages, format 17×23 cm, 26 €.

Les secrets de la photo lifestyle

© Editions Eyrolles

Vous avez peut-être, comme moi et les successeurs de Monsieur Jourdain, pratiqué longtemps mais sans le savoir cette forme de photographie. Puisque l’appellation s’est imposée, la photographie dite de style de vie a, elle aussi, trouvé sa place dans cette collection. Plutôt que le « énième truc à la mode », Baptiste Dulac, photographe de famille et de mariage, y voit une approche spécifique qui renouvelle le genre en saisissant des portraits de personnes dans des situations quotidiennes et des événements de manière artistique.

Antithèse revendiquée de la photo posée en studio, la photo « lifestyle » désormais étiquetée comme telle se donne donc pour ambition de capturer « de vrais moments de vie dans un cadre naturel, de saisir les gens tels qu’ils sont, de montrer les liens qui les unissent et de révéler les émotions. » Ce qui n’empêche pas — comment contredire le propos? — de vouloir s’informer et se documenter ici aussi sur l’équipement et la composition de l’image, sur la qualité et le bon usage de la lumière et sur les utilisations judicieuses du post-traitement. Pour donner peut-être, avec d’autres outils qu’un smartphone, une plus longue vie aux photos de vos proches.

Les secrets de la photo lifestyle. Portraits spontanés-Lumière-Composition. Baptiste Dulac. Editions Eyrolles, Collection Secrets de Photographes. Broché, 208 pages, format 17×23 cm, 26 €.

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