Pierre Le Gall et l’âme de la Bretagne

© Pierre Le Gall, Editions Ouest France

Lauréat du Prix Niépce — c’était en 1972, il n’avait alors que 24 ans — Pierre Le Gall s’inscrit dans la lignée des photographes humanistes. Collaborateur régulier du magazine Réponses Photo, il a déjà publié une trentaine de livres.

Celui-ci, paru récemment aux Editions Ouest France (*), rassemble des instantanés de la vie quotidienne en Bretagne, cueillis au fil des cinq dernières décennies. Une Bretagne en noir et blanc que nous parcourons au fil des pages, rappelant en cela celle de Claude Le Gall, un homologue dont nous avions présenté l’an passé sur ce blog un ouvrage sorti chez le même éditeur.

La Bretagne de Pierre Le Gall est une région où « la lumière et le vent se la coulent douce », selon les mots du photographe, qui signe également ici quelques jolis textes d’accompagnement, entre autres sur le vent, le rapport de l’homme à l’animal, le simple fait de dialoguer ou encore les retours de pêche, « ces grands messes païennes dont la prodigieuse effervescence subjuguait la foule des badauds ». Pendant toutes ces années, Pierre le Gall aura, comme il le dit lui-même, « inlassablement traqué les manifestations les plus délirantes de la réalité quotidienne », sondant l’âme de sa région et de ses habitants.

C’est  un visage de la Bretagne qui s’estompe désormais que l’on se plait à regarder, celle des fermes et des foires aux bestiaux, des marchés et des concours insolites comme le lancer du casier à crevettes ou de l’artichaut (souvenons-nous d’Obélix en lanceur de menhirs!). L’oeil bienveillant du photographe se porte alors sur des spécialités parfois très locales, où la gravité côtoie le cocasse et où le cérémonial s’accommode naturellement de la familiarité.

© Pierre Le Gall, Editions Ouest France

Il serait vain d’exiger qu’on nous donnât la clé d’or qui, nous ouvrant à deux battants la grande porte, nous livrerait d’un seul coup l’âme de la Bretagne et de ses habitants. Les clés, il faut les forger soi-même pour d’improbables serrures.

– Pierre Le Gall

Cet « homme invisible » comme le surnomma l’écrivain Michel Tournier fit le choix de rester amateur et de poursuivre une carrière d’enseignant en philosophie. C’est ainsi qu’il parvint à garder son regard émerveillé devant la vie et à ne jamais faire que le genre de photographie qu’il voulait pratiquer, en Bretagne comme ailleurs.

Pierre Le Gall aime les gens tout simplement. Il les regarde vivre et sait se faire discret pour dénicher « le fantastique caché dans l’ordinaire et le merveilleux qui se trouve au coin de la rue ».

(*) 1970-2020. Moments de vie en Bretagne. 250 photographies et textes de Pierre Le Gall. Préface de Michel Le Bris. Editions Ouest-France. Relié, 208 pages. 25 €.

Doisneau chez les artistes : chacun dans ses oeuvres

Encore Robert Doisneau, direz-vous. Oui, encore lui, tant son oeuvre est multiple et continue d’être redécouverte. Après Doisneau et la musique et le regard du photographe sur la Bretagne, la bibliographie du « révolté du merveilleux » se complète avec la sortie prochaine aux Editions Flammarion d’un ouvrage rassemblant des portraits d’artistes (*).

Publiées entre la fin des années 1930 et la fin des années 1970, ces images étaient destinées à des journaux ou des magazines tels que Vrai, Vogue, L’Oeil, Paris-Match ou encore Le Point, une revue d’art de l’époque. Des travaux de commande mais réalisés dans des lieux — des ateliers de peintres, sculpteurs ou illustrateurs — où Doisneau paraît spontanément en phase avec ses modèles.

© Editions Flammarion. Atelier Robert Doisneau

Dans cet autre registre, le photographe des rues entre chez les gens sans se départir de sa curiosité bonhomme forgée par la pratique du reportage. En rencontrant les artistes dans leur atelier, là où « cela se passe », Doisneau se tient à distance de son sujet pour le montrer dans ses oeuvres. Il fait voir les pinceaux et les brosses, la peinture et la pierre, le décor et les outils. Il cadre souvent assez large pour décrire le « travail sur la matière » comme l’observe Antoine de Baeque dans sa préface.

Dites-moi quelle autre profession m’aurait permis d’entrer dans la cage aux lions du zoo de Vincennes et dans l’atelier de Picasso…– Robert Doisneau

Avec ces artistes qui lui ont également inspiré quelques textes (**), le reportage se fait dans une sorte de décontraction laborieuse. Epoque oblige, peu de femmes prennent la pose: Léonor Fini et Niki de Saint-Phalle sont les seules exceptions parmi les individualités visitées par Doisneau. Les peintres, Fernand Léger, Jean Dubuffet, Marcel Duchamp et d’autres moins connus, sont particulièrement représentés. Certains, Doisneau le confirme dans ses écrits, se laissent docilement diriger (Georges Braque). D’autres tels Picasso jouent avec l’objectif mais se prêtent au jeu (Les pains de Picasso, image bien connue prise à Vallauris en 1952).

Maurice Utrillo est dûment guidé par son épouse mais le photographe n’est pas dupe de la mise en scène. L’intelligence du regard de Doisneau s’exprime devant le sculpteur Alberto Giacometti et son élégante désinvolture. Le portrait fait parfois deviner une véritable malice partagée comme avec l’affichiste Raymond Savignac.

Comme dans ses photographies en usine, les sujets de Doisneau sont des « manuels » et les images sont empreintes d’humanité. Doisneau a trouvé en eux d’autres artisans, des (con)frères en communauté de l’image. Devant eux, le photographe-témoin formé comme un artisan prend le contre-pied d’une approche muséale ou académique. Et comme l’artiste dans ses oeuvres, Doisneau travaille lui aussi sa matière et lui apporte sa lumière.

(**) Robert Doisneau, Un artiste chez les artistes. Editions Flammarion, 128 pages, 100 illustrations, relié, 24,90 €. Sortie en librairie prévue le 14 octobre 2020. Exposition au Musée Charles Couty à Lyon (à partir du 15 octobre 2020) et au Musée Boucher de Perthe D’Abbeville (en 2021).

(**) Extraits de A l’imparfait de l’objectif, Robert Doisneau, Souvenirs et portraits, Belfond, 1959.

Pourquoi je resterai fidèle à Olympus

En cet été tout particulier d’une année toute particulière, un fabricant d’appareils auquel je suis tout particulièrement attaché a donc annoncé la vente de sa division photographie. Selon son communiqué, Olympus se sépare de sa branche “Imaging”, reprise par Japan Industrial Partners (JIP), un fonds de capital-investissement dont les intentions seront précisées dans les mois à venir. 

Les raisons de cette décision, qu’elles tiennent à l’évolution du marché de l’industrie photographique ou aux spécificités d’Olympus et de sa gestion jugée parfois malheureuse, ont été abondamment commentées. L’amateur-détenteur de produits Olympus reste pour sa part dans l’expectative. La gestion de la marque et l’avenir de la ligne de production seront désormais dans d’autres mains, suspectes aux yeux de certains.

Au-delà des assurances d’usage à l’égard des consommateurs, certains signaux peuvent pourtant paraître rassurants : de nouveaux produits sont déjà annoncés. Une nomenclature bien connue — la gamme OM-D, le séduisant boîtier PEN et les objectifs M.Zuiko – est appelée à survivre, s’il faut en croire Setsuya Kataoka, le VP de la branche stratégique d’Olympus Imaging Division (interview à DPreview, 15 juillet 2020). L’accent sera vraisemblablement placé sur le haut de gamme et la valorisation des spécificités de l’héritage Olympus dont la stabilisation. Rien n’interdit de penser que de nouvelles technologies d’imagerie seront incorporées par le biais d’accords de licence avec d’autres développeurs, ce qui réduirait l’investissement propre dans la R&D.

©Roland Deglain. Olympus EM-10, Olympus M.14-150mm

L’hybride et la gamme OMD d’Olympus m’ont convaincu. Dois-je patienter deux ou trois ans pour y voir plus clair dans les intentions de JIP ? Ou bien dois-je, dès à présent — mon avenir de photographe sera bien plus court que mon passé — changer résolument mon fusil d’épaule ? Mais quel serait alors le sens d’un tel revirement au moment où mes vieilles épaules précisément se réjouissent de ne plus devoir systématiquement porter un matériel réflex pour une balade qui m’offrira peut-être l’occasion de saisir les paysages qui m’interpellent ? Des questions se posent certes sur l’avenir de la marque mais c’est toute l’industrie photographique qui continuera d’évoluer. Cette évolution, même inéluctable, ne fera pas de moi un autre photographe. Et bien malin celui qui peut dire aujourd’hui quel sera dans dix ans le rapport de force entre les marques ni même lesquelles de ces marques seront toujours là dans une dizaine d’années.

©Roland Deglain. Olympus EM-10, Olympus M.14-150mm

Je photographie depuis l’enfance et je m’étonne régulièrement de trouver dans ces photos d’enfance — celles que je dois à mon premier appareil, un Kodak Brownie Starflash – certaines attirances pour des sujets ou encore des compositions, même maladroites, qui sont encore les miennes aujourd’hui. C’est cela et non mon matériel qui a déterminé mon style de photographe, qui fonde ma pratique et qui doit dicter mes envies. Compte tenu de mes moyens financiers, qui restent limités — la photo reste et restera une passion et non un moyen d’existence, je continuerai donc d’utiliser mes appareils et mes objectifs Olympus en essayant d’en tirer le meilleur parti. Je ne vais pas me préoccuper outre mesure de ce qui est et de ce qui restera hors de mon contrôle. Je n’ouvrirai pas mon portefeuille ni des yeux béats d’admiration pour des capteurs de 80 Mpx, une prise en rafale à 20 i/s ou la vidéo en 8K. Mais j’ouvrirai les yeux dans mes balades de photographe, en espérant que parfois je les ouvrirai avec des yeux d’artiste.

Cela peut paraître prétentieux mais c’est pour cela que je photographie. Je ne m’équipe pas pour reproduire en miroir et au-delà même de ce que peut percevoir l’oeil humain ce qui se trouve devant mon objectif. Je photographie pour partager mes émotions, mon interprétation de la réalité et pour en garder le souvenir. Mon appareil m’aide à traduire ce que je ressens et c’est à moi qu’il advient de trouver, en artisan et avec les atouts de mon outil, par l’éclairage, la mise au point ou le choix des couleurs, la meilleure façon de transmettre mon ressenti.

C’est cela qui m’importe et ce n’est pas un communiqué qui doit guider mes choix. Je n’ai pas de raison de changer. Je resterai fidèle au photographe que je suis; je resterai fidèle à Olympus. 

Comment monter son portfolio : le livre qui nous manquait

Sylvie Hugues et Jean-Christophe Béchet ont longtemps porté avec compétence et talent le magazine Réponses-Photo avant d’en être remerciés il y a quelques années par l’éditeur Mondadori pour « divergences stratégiques sur le contenu éditorial ». Tous deux practiciens et experts, ils ont depuis poursuivi leur route dans le monde de la photographie, l’une comme consultante et animatrice d’ateliers et de conférences, l’autre en déclinant son travail sur divers supports, auteur entre autres de nombreuses publications et animateur lui aussi de workshops. Leurs chemins se recroisent aujourd’hui pour nous offrir, aux Editions Eyrolles, un ouvrage réellement utile et bien conçu (*), qui se distingue des nombreux manuels destinés à nous guider dans la pratique de la phototographie.

Issu de l’époque argentique, le concept de « portfolio photographique » reste d’application à l’ère du numérique, par exemple à travers les « lectures de portolios » telles que dispensées par les auteurs. Il peut servir à l’amateur désireux de franchir une étape et d’obtenir un regard extérieur sur son travail : une simple chemise cartonnée contenant quelques images et deux textes imprimés sur feuilles volantes fut ainsi le détonateur de l’aventure vécue après sa retraite professionnelle par le merveilleux Gilbert Garcin. Outil intermédiaire pour un projet d’exposition, de livre ou de projection, le portfolio peut même être un objet définitif, destiné par exemple aux collectionneurs sans exclure une autre finalité comme le simple cadeau ou la mémoire familiale.

Sylvie Hugues et Jean-Christophe Béchet s’adressent ici autant aux jeunes professionnels qu’aux amateurs et aux passionnés soucieux de valoriser leur réalisations. Ils commencent par une remise en perspective avant de dresser une typolologie des portfolios possibles, en insistant sur le fait que toute présentation dépend naturellement du propos du photographe et du genre pratiqué. Les conseils dispensés portent sur l’editing, sur les papiers photo à choisir pour présenter un projet achevé ou en cours, sur la construction matérielle du portfolio et sur l’opportunité ou non d’un texte accompagnant les images. Un projet documentaire ou de reportage ne se conçoit pas comme un projet purement esthétique dans le domaine de la photo de nu et ne s’adresse pas aux mêmes interlocuteurs.

Les auteurs s’appuyent sur leurs propres expériences mais ont l’intelligence de solliciter d’autres experts et spécialistes dans le champ photographique pour multiplier les approches et permettre au lecteur-photographe de trouver le ou les profils qui lui correspondront le mieux. Les témoignages rapportés de part et d’autre sur les lectures de portfolios éclairent sur les attentes et bénéfices mais aussi sur les limites et les frustrations possibles de l’exercice, lequel n’est pas à prendre à la légère et n’est pas sans risque. Une lecture de portfolio revient parfois, pour le photographe, à véritablement « se mettre à nu » et la sincérité est le meilleur gage d’une rencontre enrichissante.

Ce livre écrit à quatre mains ne se contente pas d’être pratique mais permet également de nourrir une réflexion sur son travail et son regard photographique. Car, il est bon de s’en souvenir avec notre duo, le tirage est un passage essentiel et l’aboutissement de l’acte photographique. « Une photographie n’existe réellement que si elle a été choisie, retenue, sélectionnée, peaufinée, imprimée, rangée, stockée et … retrouvée quand on la cherche ». C’est bien dans cette optique de traduire concrètement une passion photographique que se situe le portfolio. Sylvie Hugues et Jean-Christophe Béchet nous convainquent qu’il a toute sa place dans nos parcours photographiques, par nature jalonnés d’hésitations, de doutes et de satisfactions.

Suivez sur leurs sites respectifs Sylvie Hugues et Jean-Christophe Béchet.

(*) Concevoir un portfolio de photographie, Sylvie Hugues, Jean-Christophe Béchet, Editions Eyrolles, 152 pages, broché, 25 €.

Josef Koudelka sur le pourtour de Mare Nostrum

La ruine, marqueur du passé et signe d’une disparition, revient souvent dans l’oeuvre de Josef Koudelka. D’origine tchèque et naturalisé français, le témoin en images de l’invasion qui mit fin au Printemps de Prague a notamment photographié par la suite les débris de l’industrialisation dans le nord de la France ainsi que les vestiges de l’empire soviétique en Europe de l’Est. Il a décidé de léguer au département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque Nationale de France (BnF) un ensemble de près de 170 tirages issus d’une impressionnante série sur les sites antiques du pourtour méditerranéen.

Ruines rassemble des photographies prises par Koudelka pendant plus de 28 ans lors de ses pérégrinations sur un espace géographique s’étendant du sud de l’Europe au Proche-Orient. Le bel ouvrage que publieront bientôt les Editions Xavier Barral (*) accompagnera des expositions mises sur pied en collaboration avec l’Agence Magnum et qui devraient se tenir — il faut l’espérer — à Paris (BnF) et à Rome dans le courant de cette année.

Editions Xavier Barral. Bibliothèque nationale de France

Sur les sites archéologiques de Delphes à Pompéi, d’Olympie à Rome ou de Petra à Alep, Koudelka nous fait partager une/sa vision du paysage. Il opte pour le noir et blanc et pour un même format panoramique (du grec pan – tout, et horama – vue) mais dans une utilisation particulière. Ses cadrages, parfois au ras du sol, en plongée ou en contre-plongée, peuvent parfois surprendre. Passant des vues larges aux gros plans, des fragments aux successions de plans, Koudelka, déconstruit et reconstruit rigoureusement le regard, quitte à bousculer le lecteur-spectateur. Dans ce livre au format « à l’italienne », le photograhe ose un basculement à la verticale pour certains des panoramiques, créant certes l’instabilité mais forçant la perception et l’interrogation.

Grèce, Éleusis (Attique), terrasse du musée d’Éleusis qui domine le site archéologique. Statue d’un togatus de l’époque romaine avec, à l’arrière-plan, la raffinerie moderne. (2003) © Josef Koudelka / Magnum Photos

On contemple aussi certains sites archéologiques disparus ou gravement mutilés depuis la prise de vue par les conflits permanents dans le monde arabe, comme à Palmyre ou Bosra. Telle quelle, cette série nous renvoie à la civilisation gréco-latine, fondatrice de la nôtre, et nous montre l’homogénéité d’un empire, celui qui fut dirigé par et depuis Rome.

En regard des photographies de Koudelka, l’archéologue Alain Schnapp nous propose des citations ou extraits de textes puisés aux sources de la littérature antique et chez les écrivains-voyageurs. L’ouvrage comprend d’autres textes qui se penchent sur l’approche de Koudelka (Héloïse Conésa), son intérêt pour le format panoramique et la naissance de ce projet (Bernard Latarjet) ou l’histoire et l’image des ruines à travers les siècles (Alain Schnapp) .

Tunisie, Thugga (Dougga), inscription latine et, à l’arrière-plan, colonnes de la frons scaenae du théâtre édifié à l’époque de Commode (161-192). Vue depuis le sud. (2011) © Josef Koudelka / Magnum Photos

Les images et les textes nous rappellent la force de la nature, de la main de l’homme et des désastres de l’Histoire transformant ces vestiges. Ils nous renvoient au passé mais nous forcent à nous projeter vers l’avenir devant ces ruines antiques qui résistent au temps. Si les ruines ramènent l’homme contemporain à ses failles et au souvenir des gloires anciennes, il y découvre aussi la beauté surgissant des décombres. La dernière image de Ruines — l’ombre du photographe sur le site d’Azanoi en Turquie — montre sa silhouette émergeant d’un chaos de pierres.

Koudelka, cet Européen originaire d’un pays sans mer, dit avoir trouvé dans ces ruines gréco-romaines « ce qui m’est désormais le plus précieux, le mariage de la beauté et du temps ». Il ne s’en est jamais lassé et souhaite, à quatre-vingt-deux ans, pouvoir y retourner: « Quelques photographies m’attendent encore là-bas. »

Les photographies reproduites ci-dessus sont extraites de

(*) Ruines. Josef Koudelka. Éditions Xavier Barral/Bibliothèque nationale de France, 2020..© Josef Koudelka / Magnum Photos. Un ouvrage de 170 photographies N&B, 368 pages, 55 €. A paraître le 3 septembre 2020 .

Expositions à la Bibliothèque nationale de France, Paris, du 15 septembre au 16 décembre 2020, et au Musée de l’Ara Pacis, Rome 2020 – 2021. Compte tenu des circonstances, vérifier les dates effectives auprès des institutions en question.

Des mots et des photographies : le temps retrouvé

Tout en ces jours est décidément remis en question, même ce qui constitue la matière de ce blog: pas d’expositions ni de galeries à visiter, pas de livres ou nouvelles parutions dans la boîte aux lettres. La photographie, outil privilégié pour raconter une époque mais aussi pour remonter le temps, peut pourtant nous venir en aide. Synonyme d’arrêt provisoire, la période est l’occasion de se replonger dans notre bibliothèque. Le blogueur a retrouvé quelques livres plus ou moins rares ou peu connus qui l’avaient particulièrement marqué ou touché.

Editions Taschen

40 ans de photographie. Jeanloup Sieff.

Une monographie fort attachante et originale, celle de Jeanloup Sieff. Toujours guidé par le plaisir dans ses envies mais reconnaissant également qu’il fut toute sa vie à la recherche du temps perdu, Sieff (1933-2000) se prêta à l’exercice en revisitant quatre décennies de ses photographies, laissant remonter des souvenirs qu’il eut le bon goût de consigner. Derrière une belle dose de modestie, son écriture recelait une verve réjouissante et un fameux talent pour les jeux de mots. Sieff ne fut pas seulement un photographe de mode ou de nu, domaines dans lesquels il excella par son élégance et une profondeur empreinte de mélancolie. Ses paysages comme ses portraits séduisent toujours par des jeux d’ombre et de lumière qui sont l’essence de la photographie.

Une réédition chez Taschen, 2010.

Editions Contrejour

Skyline. FrancoFontana.

Paru en 1978, ce livre rompait résolument avec la photographie italienne de son temps en nous révélant « les tableaux vivants que nos yeux n’avaient pas encore perçus ». Le paysage ramené à ses éléments essentiels dans une exaltation des couleurs et des formes. « La créativité », comme le dira Fontana lors d’une conférence de presse en 1997, « ne signifie pas photographier ce qui est mais ce que nous imaginons qui soit. (…) Le photographe découvre le monde à travers ce qu’il a en lui et en même temps il a besoin du monde pour le découvrir. Ainsi, libérez l’artiste qui est en vous et laissez cet artiste faire d’abord des photographies et pensez ensuite. » Un ouvrage essentiel et fondateur.

Editions contrejour. Réédité chez le même éditeur en 2013.

Love in black and white. Poems by Bianca Rossini. Photographs by Michael Kenna.

A (re) découvrir aussi, une collaboration inédite de Michael Kenna avec la chanteuse et actrice d’origine brésilienne Bianca Rossini. Un livre publié en 2009 chez Nazraeli Press et superbement imprimé sur papier japonais dans une édition limitée à 1500 exemplaires. De courts poèmes en anglais placés en regard des images du photographe, qui leur font écho. Comme cette image qui renvoie à la quatrième de couverture:

Nazraelli Press

What color should I wear ?

What color do you love ?

Wahat color makes you dream ?

What color ?

Lavender in the morning ?

Orange in the afternoon ?

Scarlet in the evening ?

What color should i wear

When I’m in your arms ?

Bianca Rossini

Editions Le Cherche Midi

Grand bal du printemps. Jacques Prévert et Izis.

En remontant le temps jusqu’à 1951, une autre collaboration entre poésie et photographie. Le photographe humaniste Izis (patronyme: Bidermanas) s’était mis au service d’un poète (ou peut-être était-ce l’inverse?) qu’on connaît surtout comme l’ami de Doisneau. Ce livre est né lors de promenades dans Paris dont les deux compères chantent ici la gloire, un peu comme s’ils écrivaient « son nom sur les murs » ou « comme un cœur sur un arbre ». Ils remettront le couvert l’année suivante avec les Charmes de Londres. Leur Sacre du printemps nous enflamme à chaque double page. L’accord entre le texte et l’image est parfait et le livre a décidément pris un charme fou avec le recul du temps.

Une courte vidéo d’époque raconte ici la naissance de ce merveilleux projet. Editions Clairefontaine. La Guilde du Livre, Lausanne, 1951. Réédition au Cherche Midi, 2008.

A la fin de ce véritable trésor figurent ces vers de Prévert, qui résonnent étrangement aujourd’hui :

Allez allez

ne ramenez pas votre science

Tout le monde ne peut pas tuer tout le monde

Croyez-en ma vieille expérience

Alors

tout saccagé qu’il est

le Grand Bal du Printemps

peut-être

ne fait que commencer

Doisneau tel qu’en lui-même : son œil aigu sur la Bretagne

On connait Robert Doisneau pour ses thèmes favoris : la banlieue de Paris, le monde du travail, l’enfance, les bistrots ou les amoureux. La Bretagne, à priori, ne s’inscrit pas parmi les sujets de prédilection ou les théâtres géographiques d’opération du photographe chez qui l’humour n’est jamais éloigné de la tendresse ou de la mélancolie. Doisneau a pourtant visité et photographié aussi la Bretagne, ce qui suffit à motiver ici notre curiosité, par ailleurs rencontrée dans un livre édité et dans une exposition montée dans la région il y a quelque temps déjà.

C’est à titre privé que Doisneau voyage d’abord en Bretagne, avec son épouse et pour leurs premières vacances en 1935, à Saint-Quay-Portrieux. Le couple y reviendra en villégiature avec ses deux filles, Annette et Francine, pour des vacances en Morbihan. Même durant ses congés, le « photographe-illustrateur »  comme il se définit ne quitte pas son appareil et « reste inlassablement à l’affût », ainsi que le rapporteront ses filles (*). Si ses proches lui servent de modèles, Doisneau s’intéresse aussi aux rivages océaniques, au mouvement des vagues et aux aspérités des rochers.

© Editions Locus Solus. Muséee des Beaux-Arts de Quimper. 2018
Bigoudènes près de Pont-l’Abbé, juin 1966

La piste de Doisneau en Bretagne se perd un peu pendant les années de guerre : il retrouve, certes, la région du côté de Rostrenen mais ni les souvenirs de ses filles ni ses agendas ne nous renseignent sur le pourquoi de sa présence dans des lieux un peu perdus ou difficilement accessibles, surtout en ces temps de débrouille. Nous savons, par contre, que Doisneau acceptait les commandes, qu’il s’agisse de publicité ou de reportages pour des magazines et qu’il fixait volontiers sur sa pellicule les artisans et les représentants des petits métiers. 

© Robert Doisneau. Les Fileuses de Gouarec, 1942

Cette approche se poursuit pendant et après la guerre avec le thème des pardons bretons : Doisneau photographie plusieurs processions, notamment pour le magazine Bref, dont la durée de publication sera … très courte. Le talent du portraitiste, son art consumé du cadrage et son sens de l’image sont à l’œuvre là aussi.

Doisneau retourne encore en Bretagne pour photographier des Bigoudènes au milieu des années’60. Il saisit les scènes du quotidien (une vieille dame devant une buvette, un intérieur de ferme,…) avec l’œil amusé et la bienveillance respectueuse qui lui valent désormais sa notoriété, à Paris comme ailleurs. Il fournit aussi des reportages pour une presse engagée (Regards, La Vie Ouvrière, …), photographiant les conflits sociaux, une manifestation paysanne ou le travail en usine avec son habituelle empathie pour l’humain.

© Robert Doisneau. Bigoudène Place Bienvenue. Août 1959.

S’il n’a fait qu’y passer mais à plusieurs reprises, Doisneau a su, fidèle à son style, rendre compte avec justesse d’une région en mutation. Une photographie résume parfaitement ce point de vue : celle de cette Bigoudène montant dans une voiture en plein Paris. Dans cette image où la tradition rencontre la modernité, Robert Doisneau se retrouve simplement tout entier.

(*) Citées par Sophie Kervan dans Doisneau. Un œil sur la Bretagne. Editions Locus Solus. Musée des Beaux-Arts de Quimper.2018.

Photographies publiées avec l’autorisation de l’Atelier Robert Doisneau: https://www.robert-doisneau.com/fr/

Joel Meyerowitz : l’oeil et les leçons du maître-photographe

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Ce livre n’existerait pas sans le projet de Chris Ryan, créateur des cours de photographie en ligne Masters of Photography, inaugurés en 2018 avec Joel Meyerowitz. Décliné en leçons d’abord sous forme de vidéos puis de livres, le projet consiste à réunir les plus grands photographes pour qu’ils nous guident et nous apprennent à utiliser nos yeux pour créer notre propre vision du monde qui nous entoure. Voici donc, dans sa version française aux Editions Eyrolles, un premier petit volume (*) consacré à Joel Meyerowitz, légende vivante de la photographie.

Né en 1938 à New York, celui qui fut parmi les pionniers de la photographie en couleurs nous entraîne dans son processus créatif, sa conception de la photographie et les secrets de sa pratique. Il nous fait part de son expérience, de ses réflexions sur la composition, de la manière d’identifier les sujets qui nous correspondent et de saisir l’inspiration. En 20 courtes leçons illustrées de ses photographies, il nous dit comment opérer dans l’espace public, être prêt à réagir, chercher les détails qui feront la photo, choisir la couleur ou le noir et blanc, jouer avec ce que nous voyons.

S’il fait figure de référence pour la street photography largement abordée dans ce livre, Meyerowitz est un artiste aux multiples champs d’action. Publié en 1978, «Cape Light», son travail sur la côte du Massachussets, est un classique incontournable d’une photographie plus contemplentive et vouée à l’étude de la lumière. Meyerowitz fut aussi le premier et le seul photographe à pouvoir accéder (par la ruse) à l’espace dévasté du World Trade Center de New York après le 11 septembre 2001, nous laissant ainsi un reportage fondamental et d’une inestimable valeur historique sur Ground Zero. Ce qui ne l’empêche pas de nous rappeler que tout est matière à photographie.

m-06c-joel-meyerowitz-paris-france-1967-courtesy-polka-galerieparis© Joel Meyerowitz. Paris, France, 1967. Polka Galerie

Comme toujours, les maîtres en photographie sont là pour nous inspirer mais ne peuvent remplacer le travail sur soi. La photographie, comme Meyerowitz le dit ici, est « une question d’idées » et ce sont nos idées qu’il nous pousse à réaliser, ce qui implique de comprendre techniquement mais aussi d’un point de vue sentimental, psychologique et physique comment nous positionner « au bon endroit au bon moment ».

Tout ce que nous faisons avec passion, obsession ou désir nous apprend des choses, non seulement sur notre support, mais sur nous-même.

                                                                           – Joel Meyerowitz                                                          

Meyerowitz a publié plus de 25 livres et ses photographies font partie des collections du MOMA comme de nombreuses autres galeries et collections dans le monde entier. C’est un vrai bonheur de l’avoir comme mentor, pour une première de ces promenades guidées. Suivez ce guide, à l’écrit comme à l’image. And go for it. Do it!

Découvrez le trailer de sa master class: https://www.youtube.com/watch?v=9o-2ef2bfvQ

(*) Une vision de la photographie. Joel Meyerowitz. Editions Eyrolles. 14,4 x 20 cm. Parution le 13 février 2020. 15,90€

Photographier autrement : petit manuel pour trouver l’inspiration

Nombreux sont les photographes, amateurs ou autres, préoccupés par un souci de renouvellement ou d’inspiration. Quoi de plus naturel à l’heure où presque tout est instantanément transformé en image, quelle que soit la destination ou la durée de vie de celle-ci ? Les livres de photographes confirmés comme les manuels pratiques font office de pourvoyeurs d’idées et nous peuvent nous porter vers d’autres approches de la pratique. Edité par les Editions Pyramyd dans une collection qui propose déjà le même outil pour d’autres techniques artistiques telles le dessin ou l’aquarelle, un nouveau petit livre invite à photographier autrement.

© Editions Pyramyd
Photo de couverture © Florian Pérennès

Dans Le petit livre des grandes inspirations (*), Lorna Yabsley a rassemblé des dizaines de pistes pour nourrir l’inspiration du photographe. Illustré d’images puisées chez ses collègues en photographie contemporaine plutôt que chez les grands maîtres (Bill Brandt, Man Ray, René Burri et Martin Parr sont cependant cités), cet ouvrage recense des dizaines d’idées, de techniques ou même de styles (le minimalisme).

Cela va du simple changement de perspective et de propositions franchement banales (recadrer, aller vers des inconnus) ou souvent efficaces (la juxtaposition, les filtres) au recours à l’infrarouge ou à l’éclairage théâtral. Certaines techniques s’adressent au spectateur (jouer avec la réalité), d’autres sont carrément originales comme le freelensing (retirer l’objectif pour le tenir devant l’appareil) utilisé pour ce portrait très rapproché en couverture de l’ouvrage.

Chaque proposition fait l’objet de courts paragraphes et l’ensemble mélange allègrement les pistes, entre les thèmes (les jumeaux), les conseils (concentrez vous sur la couleur) et les techniques. Ces dernières peuvent être classiques (le sténopé) ou plutôt utilisées en photographie contemporaine, certaines – comme l’appropriation – étant même discutables, l’autrice en convient. Mais peu importe la source de l’inspiration si ce manuel souple et très bon marché vous permet de trouver de nouvelles voies, de relancer votre créativité ou de vous procurer d’autres émerveillements.

Ce petit livre est la version française d’un ouvrage édité l’an passé au Royaume-Uni. Yorna Yabsley, installée dans le Devon, poursuit depuis plus de trente ans une activité photographique aux multiples facettes. Elle est active dans le domaine commercial ou social, dispense des formations et des consultations et a écrit plusieurs livres sur la photographie. Plus d’infos sur son site.

(*) Photographie. Le petit livre des grandes inspirations. 176 pages illustrées. Editions Pyramyd. 12,90 €. A paraître le 5 mars 2020

Balthasar Burkhard : quel rapport entre l’oeuvre et son spectateur?

Une exposition à Bruxelles revient sur la carrière de Balthasar Burkhard, photographe suisse (1944-2010) dont le travail trouvait essentiellement son sens dans son espace d’exposition et à travers de grands formats. La scénographie adoptée par le Museum du Botanique (*) est logiquement non chronologique: elle présente une sélection diversifiée, sur le modèle de l’oeuvre, en illustrant les genres abordés par Burkhard: des nus, des paysages, des animaux, des auto-portraits, des images d’urbanisme.

L’oeuvre de Burkhard se distingue par son sens de l’observation et l’intransigeance de son regard d’une part, la maîtrise du noir et blanc et des dégradés d’autre part. Si les sujets sont traditionnels, leur traitement l’est beaucoup moins. Formé à la photographie par le cinéaste et photographe Kurt Blum (1922-2005), passé par la Kunsthalle de Berne et son charismatique directeur, Harald Szeemann, Burkhard a nourri sa vision dans un contexte où les installations éphémères s’opposaient à l’art traditionnel. Cette révolution artistique le marquera dans ses réflexions sur la relation entre l’oeuvre et son public. Une section de l’exposition, constituée d’archives, offre un aperçu du travail de chroniqueur effectué par Burkhard sur la scène artistique bernoise des années 1960.

Balthasar Burkhard, Sans titre (torse), 1988, photographie noir et blanc sur papier baryté,
141×114 cm.
Collection Musée des Arts Contemporains au Grand-Hornu, propriété de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Dans les années 1980, Burkhard produit de larges formats. Un visage, un fragment de corps ou une peau deviennent paysage. Avec Le Corps (1983), Burkhard fragmente son sujet (jambe, hanche, torse, bras) pour le réunifier. Un voyage au Japon le pousse à se focaliser sur les mains, les pieds, une nuque et une oreille.

En 1988 sa photographie — on ne peut plus réaliste — d’un sexe féminin en gros plan dénommée « L’origine » se pose en hommage à «L’origine du monde », la célèbre peinture de Gustave Courbet (1866). L’approche de Burkhard est quasiment scientifique. Un dyptique présenté à l’exposition, intitulé La Vague, renvoit lui aussi à une oeuvre du même Courbet et portant cette fois le même nom.

Après avoir obtenu une première forme de reconnaissance aux Etats-Unis où il était parti vivre puis enseigner, Burkhard fait l’objet d’autres expositions en musées et galeries, notamment dans son pays d’origine, qui lui valent alors un certain succès dans les milieux de la photographie contemporaine.

Donnant libre cours à son intérêt pour les airs et s’inscrivant en cela dans les traces de son père pilote, Burkhard prend au cours des années 1990 des vues aériennes de mégalopoles comme Mexico, Chicago, Londres, Tokyo ou Los Angeles. Il montre ainsi, toujours en grand format, toute la densité de ces villes, leurs réseaux d’artères, l’empreinte des humains sur le paysage. La photographie de Mexico ci-dessous laisse deviner la fourmilière qui habite cette méga-cité tout en dégageant une impression d’immobilité.

Mexico, 1998.
Silvergelatin print on baryta paper, 137 x 277 cm
Collection Musée des Arts contemporains au Grand Hornu, Propriéte de la Fédération Wallonie-Bruxelles

En contrepoint de ces vues en plongée et dans des formats parfois plus réduits comme ici s’inscrivent des images de paysages exclusivement naturels, tels ces photographies de sommets enneigés dans les Alpes bernoises. La couleur, lontemps absente ou présente de façon parcimonieuse dans des héliogravures, s’affirme enfin dans la dernière série du photographe, Flowers (2009), au caractère pictorial saisissant et aux relents quelque peu scientifiques une fois encore. Avant cela mais sans la couleur, ses photographies d’animaux revêtaient elles aussi comme pour le monde végétal une connation documentaire.

Bernina 01, 2003, 34x54cm
Silvergelatin print on baryta paper. Coll. Estate Burkhard

À l’occasion de l’exposition, le Botanique publie d’autre part un livre créé en 2001 par Burkhard et Peter Downsbrough. Longtemps resté à l’état de maquette et diffusé par La Lettre Volée, il s’agit d’un dialogue imaginé entre deux amis, associant leurs univers. A l’exception de l’un ou l’autre catalogue, Burkhard n’a guère laissé de traces sous forme livresque mais on le découvrira au travail dans une vidéo Photosuisse.

Tourné vers le rapport direct entre la photographie et le regardeur, Burkhard se définissait comme photographe plutôt qu’artiste-photographe. Il concevait ses expositions, lesquelles nécessitaient des montages et donc des financements importants, telle une expérience physique pour le visiteur. Celui-ci passera peut-être comme ici par des sentiments plus ou moins variés en fonction de sa prédilection ou non pour les thèmes respectifs. Il s’interrogera aussi et surtout sur son rapport à ce qu’il voit.

Une exposition remarquablement didactique qui restitue dans toute sa cohérence le parcours d’un photographe rigoureux qui s’évertua à faire évoluer notre regard.

(*) Balthasar Burkhard, Photographies 1969-2009. Exposition au Botanique – Centre Culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rue Royale 236, Bruxelles, jusqu’au 2 février 2020. Horaires sur https://botanique.be/fr