Un rêve de photographe : composer et publier son livre

« Etre photographe ne se résume pas seulement à produire des images ». Comment ne pas souscrire à ce propos, point de départ d’un ouvrage on ne peut plus instructif que rééditent les Editions Eyrolles (*). Son auteur, Gildas Lepetit-Castel, est un formateur et professionnel de l’image qui a notamment publié L’Inspiration en photographie. L’ouvrage réédité a pour objet de nous expliquer par le menu comment concevoir son livre de photographe, de l’éditing à l’impression en passant par la mise en pages. Il s’adresse en priorité aux photographes désireux de s’impliquer personnellement dans cette réalisation en sollicitant un imprimeur qui les assistera à des degrés divers.

© Editions Eyrolles

Gildas Lepetit-Castel a lui-même auto-publié des livres et accompagné des photographes dans un tel projet. Passionné par l’édition comme par d’autres domaines, il nous présente un guide pratique dans lequel il expose toutes les étapes de la conception d’un livre de photographie que vous pourrez offrir et vouloir diffuser sur le marché. Il ne cache pas que ce type de projet requiert pas mal de labeur et d’énergie et qu’il prend forcément du temps. Chacun ne pourra que suivre son propre rythme. A titre d’exemple seulement, l’auteur envisage un planning de six mois, depuis la sélection des images jusqu’au bon à tirer (BAT), à la réception des copies et au dépôt en librairie.

Le sujet et le public du livre étant défini, on suit donc par le menu les différentes étapes, en commençant au besoin par une numérisation correcte. Le rassemblement de fichiers numériques permettra alors de penser utilement la maquette et la mise en page: choix du format, dimensions et nombre de pages, équilibre des éléments dans chacune des pages, couverture. Et puis d’aborder, de bien comprendre et de trancher toutes les questions que soulève le texte dont le choix d’une police de caractères, les mentions légales et les légendes.

On apprend à dresser et établir une demande de devis selon la qualité du livre, à choisir le type d’impression, la reliure, les vernis et le conditionnement. Il importe de savoir ce qu’il est permis ou non d’attendre de l’imprimeur: il faut savoir préparer correctement ses photos pour l’impression afin d’éviter les mauvaises suprises. Des interviews de professionnels de l’édition, de l’impression ou de la diffusion apportent les éclairages utiles et soulignent à quel point la réussite du projet commandera d’être bien conscient des responsabilités respectives de l’auteur-photographe et de son imprimeur.

Le sérieux dans l’implication s’impose à chaque stade, y compris dans la correction des épreuves, dans le dialogue à et avec l’imprimerie, et enfin dans les démarches commerciales pour vendre son produit fini, ce rêve enfin devenu réalité. Outre le désir de laisser une trace, la conception d’un livre de photographie telle que présentée par Gildas Lepetit-Castel est un véritable acte de création. Un aboutissement, en somme.

A nous de jouer.

(*) Concevoir son livre de photographie. Editing. Mise en page. Impression. 2è édiion. Gildas Lepetit-Castel. Editions Eyrolles. Broché, 190 pages, format 17×21, 26 €

Le post-traitement par l’exemple selon la méthode de Scott Kelby

Logiciel de prédilection des photographes, Lightroom est un logiciel évolutif. Les nouvelles fonctionnalités de Lightroom Classic, qui viennent d’être dévoilées cet automne et notamment la sélection automatique du ciel ou du sujet, rapprochent sans doute quelque peu le logiciel de Photoshop. Elles exigent des utilisateurs une certaine disponibilité à vouloir s’adapter pour tirer pleinement profit des outils, même si les aménagements ne sont jamais radicaux. On pourrait penser que ces versions successives rendent assez rapidement obsolètes ou incomplets certains supports utilisés pour se former. Si l’on en juge par le nombre des ouvrages consacrés aux logiciels les plus courants, nombreux pourtant restent les amateurs désireux de trouver dans un livre les moyens d’améliorer leurs images et leur créativité.

© Editions Eyrolles

Scott Kelby, dont les activités couvrent la formation, l’enseignement et l’édition, est l’auteur de plus de cent ouvrages traduits en une douzaine de langues. On se souviendra notamment de son « tout en un » sur la photographie numérique. Il partage à présent, dans une nouvelle publication des Editions Eyrolles (*), sa méthode de travail pour traiter ses images grâce aux outils de Lightroom.

En dépit du titre choisi pour la traduction de ce livre, le système en sept points-clés ou étapes exposé par Kelby s’applique également à la version cloud de Lightroom. On tiendra simplement compte du fait que certaines fonctions ne sont pas reprises sur le cloud ou ne sont pas désignées de la même façon. Ceci vaut, par exemple, pour les corrections de l’objectif. Comprenne qui pourra.

Les points-clés de la méthode Kelby sont ici appliqués par l’exemple au travers de 21 leçons proposées pour tous les genres photographiques: photo de paysage (vue sur mer, reflets sur un lac), intérieur patrimonial, portrait en extérieur et portrait de mariée, aviation, automobile, sport, architecture, etc. On précisera, si besoin est, que la méthode illustrée dans ce livre peut parfaitement s’appliquer pour les images en format JPEG, même si le choix d’un profil en RAW est le tout premier point (élémentaire, mon cher Watson) du flux de travail que recommande Kelby.

Tous les points-clés ne devront pas être appliqués pour chaque photo mais Kelby insiste bien pour que l’ordre des leçons soit respecté par son lecteur, même celles qui détaillent le post-traitement d’une image relevant d’un genre non pratiqué par lui. Chaque leçon, fait valoir Kelby, inclut en effet des astuces qui serviront dans les suivantes. Suivez bien le guide, par conséquent. Il s’agit, somme toute, d’assimiler par la répétition certaines habitudes de traitement, pas de découvrir des fonctionnalités cachées ou moins évidemment accessibles du logiciel.

© Scott Kelby, un formateur sur le terrain © KelbyOne

Le livre aborde Photoshop dans ses deux dernières leçons puisque Lightroom a été conçu pour collaborer avec Photoshop. En revanche, il n’aborde ni le catalogage ni les autres volets de Lightroom Classic comme le diaporama, l’impression ou la publication sur le web.

Qu’est ce qui fait dès lors la spécificité de ce livre? Scott Kelby se veut différent et joue les modestes en partageant des images imparfaites telles qu’elles sont sorties de son appareil. Il est vrai qu’un photographe réputé aura tendance à montrer son travail fini plutôt que ses images originales. Mais c’est naturellement le propre d’une telle démonstration par l’exemple de partir d’une photographie insatisfaisante en soi pour guider l’élève dans les étapes du processus en montrant l’impact des corrections successives.

Comme à son habitude, notre ami Scott ne peut s’empêcher d’émailler son propos de quelques plaisanteries plus ou moins fines qui n’apportent pas grand-chose à l’ouvrage. Autre petit bémol: un suivi des étapes de post-traitement en version livresque ne permet pas toujours d’observer clairement les corrections effectuées sur l’image, qui sont moins perceptibles qu’à l’écran. Scott a toutefois poussé la bonté jusqu’à permettre à ses lecteurs de télécharger les photos utilisées dans ce livre. Un bon point pour lui.

Le but est bien sûr de faire ensuite travailler le lecteur sur ses propres images, en étant conscient que si la méthode doit permettre de faire, à partir de photos simplement correctes, des images qui sortiront du lot, ni Lightroom ni un autre logiciel ne fera jamais de miracle à partir d’une photo ratée. Tout se joue dès la prise de vue, on ne le répétera jamais assez.

(*) Lightroom Classic. La méthode de Scott Kelby. Editions Eyrolles, 264 pages, broché, format 20x25, 27€ (18,99€ en version numérique).

D’autres parutions récentes chez Eyrolles:

Photo lumière. 52 défis. Dans une collection à petit prix dont nous avons déja présenté d’autres titres consacrés à la photo de paysage, à la photo de voyage et à la photo de nature, un nouvel ouvrage pour apprendre à jouer avec la lumière, créer une atmosphère et partager ses émotions. Un format destiné aux amateurs désireux d’essayer de nouvelles choses et de trouver — pourquoi pas au hasard? — des incitations à développer leur créativité sans entrer dans les détails de la technicité. Auteur: Anthony Zacharia, Editions Eyrolles, 128 pages, broché, 12,90€.

Photographe de mariage. Pour le meilleur et pour le pire. Après l’art du portrait corporate, Eyrolles met sur le marché un autre livre à destination de ceux qui veulent vivre de la photo dans un créneau spécialisé. La photo de mariage, un service autrefois dispensé essentiellement par les magasins photo, a bien évolué. Le matériel du photographe, les attentes et la mentalité des clients aussi. Cet ouvrage ne vous cachera rien de ce qui fait aujourd’hui un bon photographe de mariage. Il vous expliquera comment saisir les moments magiques et savoir gérer les aspects les plus difficiles et les plus délicats des prestations. Complet, soigné et résolument pratique, ce « livre coach » contient aussi des témoignages et des exercices proposés par un professionnel qui partage aussi ses conseils et son éxpérience sur You Tube et son site. Auteur: Sébastien Roignat. Editions Eyrolles, 240 pages, broché, 25€.

Un autre regard sur le Tour de France : quand la caravane passe

© Editions Cardère. Denis Lebioda

Le Tour de France déverse chaque année son abondant torrent d’images, fixes et animées. Parfois dramatiques et souvent spectaculaires comme lorsque le Tour emprunte la montagne, ces images contribuent depuis longtemps à la popularité de l’épreuve.

Adepte d’une photographie artistique et documentaire, Denis Lebioda vit et travaille dans les Hautes-Alpes. Il se définit comme un photographe de territoire, s’attachant à traduire en images le quotidien des habitants de sa région. Plutôt que le spectaculaire, c’est le banal et l’envers du décor qui l’intéressent. L’auteur-photographe aime citer cette phase de Philippe Soupault: « L’authentique pour moi, c’est ce qui est vrai, dans ce monde où tout est faux, conventionnel, accepté ».

N’ayant pas de passion particulière pour la petite reine, c’est en écartant l’idée de saisir en pleine action les efforts des géants de la route ou les aléas de la course que Denis Lebioda a braqué l’an passé son objectif sur le passage du Tour de France dans la vallée du Champsaur. Il l’a fait les yeux grands ouverts sur les à-côtés de la compétition, sur les installations préalables au fil du parcours de l’étape, et le moment venu sur les attitudes des habitants devant ce qui vient perturber mais aussi pimenter leur vie.

© Denis Lebioda

La caravane publicitaire fait patienter les curieux dans l’attente des coureurs dont la traversée d’un village se fera souvent en moins de deux minutes. Elle assure une bonne part du divertissement comme du financement de l’épreuve. Dans ce bourg comme dans bon nombre d’autres villages de la « France profonde », le passage du Tour sera sans doute l’événement de l’année. Mais en cette maudite année 2020, l’épreuve a été retardée pour cause de covid et la fête au village s’inscrit dans un contexte de distanciation sociale. La spontanéité n’est pas absente mais elle est forcément canalysée.

© Denis Lebioda

Denis Lebioda a opté pour le format carré et le monochrome, signalant de la sorte son refus du sensationnel pour traduire son propos et ses choix. Il traque le détail ou l’insolite dans les préparatifs et l’attente de la caravane publicitaire, s’attardant sur les signes avant-coureurs (c’est le cas de le dire) comme la mise en place des barrières de sécurité et de la signalétique. Il s’amuse des pancartes et des associations, il saisit les inscriptions et les drapeaux. Ses clichés montrent les saluts et les gestes de ses concitoyens qui se laissent gentiment porter par cet emballement temporaire et canalysé.

Denis Lebioda restitue cette atmosphère bon enfant grâce à un cocktail d’humour et de bienveillance. Sa vision du Tour de France a comme un parfum d’autrefois et son approche des hommes et de leur milieu de vie n’est pas sans rappeler celle d’un certain Robert Doisneau.

On pourra se procurer cet ouvrage sur le site des Editions Cardère, une maison d’édition avignonnaise normalement spécialisée dans les thèmes du pastoralisme et des sciences humaines. L’éditeur a récemment lancé la collection Regard d’ailleurs, qui entend s’ouvrir à « la photographie des mondes qui ont un retard d’avance ». Outre cet ouvrage, on pourra y découvrir le regard du photographe Christian Malon sur Venise à pas lents, des images argentiques en noir et blanc qui ont inspiré le poète Joseph Pacini .

Visiter le site de Denis Lebioda.

(*) La caravane passe. Photographies de Denis Lebioda, textes de Guillaume Lebaudy. Editions Cardère. collection Regard d’Ailleurs. Broché avec rabats, 88 pages, format 20×25, 28 €.

Raconter une histoire en images : la méthode de Finn Beales

© Editions Eyrolles

Rares sont les adeptes de la photographie artistque qui peuvent se permettre de vivre de leur passion. Pratiquant une photographie commerciale, ils ont recours à des techniques qui peuvent également s’appliquer en dehors d’une activité professionnelle. Ainsi en est-il du storytelling, cet art de raconter des histoires.

Finn Beales a rencontré le succès en pratiquant la photographie de voyage, de ‘lifestyle » et la photographie commerciale. Adepte enthousiaste d’Instagram où il revendique 600,000 abonnés, il a déjà appliqué son style de photographie cinématique s’appuyant sur la narration au service de nombreuses marques d’envergure internationale telles Omega, Cartier, Apple ou encore des firmes automobiles comme Nissan, Land Rover ou Mazda. Il a également assuré la promotion touristique de plusieurs régions dont le Pays de Galles où il réside.

Beales est sans doute un parfait exemple d’une génération de créatifs s’appuyant sur internet et sur les réseaux sociaux pour construire leur carrière et leur vie. Fort de son succès, il a mis sur pied à l’invitation de son complice Alex Strohl un atelier à destination d’élèves (anglophones, précisons-le) désireux d’apprendre à construire une narration en images.

La méthode de Beales se décompose en cinq étapes, de la présentation à la livraison du produit en passant par la préparation d’un projet, la prise de vue et l’édition.

C’est la version livresque de cet atelier et de cette méthode de travail consignée dans une publication au Royaume-Uni que nous propose en traduction française la maison Eyrolles (*). Dans cet ouvrage, Beales reprend tout d’abord les fondamentaux, soit l’équipement nécessaire et les qualités d’une bonne image, avant de décomposer le processus de création d’une série photographique qui se voudra captivante pour son audience et le client potentiel du photographe. Chaque section de ce livre contient des exercices présentant les techniques essentielles, des idées de projets pour stimuler leur créativité avec des astuces et des exemples concrets.

Si la technologie ne cesse d’évoluer et si les modes changent, Beales, cet utilisateur d’applications qui admet avoir utilisé son iPhone pour de nombreuses illustrations de ce livre, prend pourtant soin d’avertir que suivre la mode est la meilleure façon de produire des clichés vides: « Je peux vous expliquer des techniques narratives mais je ne peux pas changer votre personnalité », écrit-il.

Un livre et une méthode destinés également aux amateurs mais surtout, nous semble-t-il, aux futurs professionnels désireux de séduire et de gagner en influence afin de proposer et vendre leurs services.

(*) Le storytelling en photographie. Finn Beales. Préface Alex Strohl. Editions Eyrolles. Broché, 176 pages, format 17×23 cm, 21 €.

De Léonard Misonne à Volker Gilbert : maîtriser l’exposition

Waterloo Place. Une photographie de Léonard Misonne, 1899.
Domaine public.

« Le sujet n’est rien; la lumière est tout! » Cette affirmation, peut-être quelque peu catégorique, est aussi un peu datée: elle est attribuée à l’un des maîtres du pictorialisme, le photographe belge Léonard Misonne (1870-1943). Elle renvoie pourtant à l’essentiel et à ce que de nombreux photographes amateurs, dans les clubs ou ailleurs, négligent trop souvent.

© Editions Eyrolles

Les progrès de l’intelligence artificielle et de l’automatisation dans la conception des appareils photographiques permettent aujourd’hui de faire sans difficulté et de partager sans attendre avec le monde entier des images correctement exposées. Il n’empêche qu’une bonne exposition implique toujours de faire parvenir sur la surface sensible (le capteur, autrefois le film) la quantité de lumière nécessaire pour représenter le sujet. L’exposition doit permettre de traduire notre sensibilité artitstique.

La qualité de la lumière intervient elle aussi de manière essentielle en révélant ou en dissimulant couleurs, formes et textures selon le propos du photographe. Le numérique n’a pas bouleversé ces données fondamentales de l’acte photographique.

Avec Les secrets de la lumière et de l’exposition (*) qui fait l’objet d’une nouvelle édition chez Eyrolles, Volker Gilbert, photographe, expert et formateur bien connu des lecteurs du Monde la Photo, souhaite nous aider à reprendre le contôle de l’exposition en passant en revue les fondamentaux de la prise de vue et du post-traitement.

Gilbert part donc des trois paramètres qui constituent le fameux triangle d’exposition (l’ouverture, le temps de pose et la sensibilité) avant d’examiner les propriétés de la lumière. Le livre entre alors dans les rouages de la capture numérique et de la mesure de la lumière, des modes de mesure aux modes d’exposition, Il aborde des notions telles que le taux de contraste et la plage dynamique, la sensibilité et le bruit numérique, les formats de fichiers. Il nous apprend à interpréter l’histogramme, à utiliser les filtres pour contrôler la quantité de lumière et à maîtriser les contrastes. Gilbert nous propose ensuite des études de cas d’exposition avant de nous guider assez longement dans le post-traitement et les manières d’ajuster l’exposition a posteriori.

Assurément concret, le livre se veut aussi complet avec des annexes dont un glossaire des termes techniques ainsi qu’une liste d’autres ouvrages pour les curieux désireux d’approfondir certains domaines ou procédes. Gilbert a poussé l’élégance — on applaudit — jusqu’à renvoyer vers d’autres auteurs et d’autres éditeurs.

Cet ouvrage devrait encourager ses lecteurs à s’interroger sur le rendu qu’ils souhaitent obtenir et à utiliser les bonnes techniques pour parvenir à leurs fins. Il devrait les convaincre de développer leur sensibilité à la lumière (et donc à l’ombre aussi) et de ne pas se contenter d’apprécier la lumière d’une manière seulement quantitative.

Léonard Misonne. Près du moulin. Années 1910. Domaine public

Car la lumière ne doit pas seulement exister en quantité suffisante; elle doit aussi, comme ci-dessus chez notre cher Léonard Misonne, servir le propos de l’image et de l’artiste-photographe.

Sans lumière, il n’y a pas vraiment photo!

On signalera à cette occasion que dans la même collection Secrets des photographes ont déjà paru en cette même année 2021 chez Eyrolles:

(*) Les secrets de la lumière et de l’exposition. Visualisation – Réglages – Prise de vie – Post-traitement. Volker Gilbert. 2è édition. Edition Eyrolles. Collection Secrets des photographes. Broché, 236 pages, format 17×23 cm, 26€.

L’art du portrait corporate avec Milena Perdriel

Portraitiste à Paris, Milena Perdriel inaugure une nouvelle collection des Editions Eyrolles avec un ouvrage consacré au marché et à la pratique de la photo de portrait pour des professionnels, autrement dit le « portrait corporate » (*). Son livre fait le choix de ne pas s’attarder sur les aspects techniques d’une séance pour un usage professionnel, nous épargnant les explications que les intéressés maîtrisent déjà ou trouveront aisément par ailleurs.

Plutôt que des plans d’éclairage, Milena Perdriel partage donc par le menu le script de ses prestations, depuis le contact initial avec ses clients divers (dirigeants, employés, indépendants, personnes en recherche d’emploi) jusqu’au traitement et à la livraison des images. Bien structuré et s’appuyant sur une maquette agréable dosant parfaitement texte et illustrations, son livre décline d’abord les catégories de clients selon leurs sollicitations et besoins de même que les types de portraits. Il aborde les questions habituellement soulevées par la clientèle tout comme celles qu’il convient, pour s’épargner des mauvaises surprises, de soulever avant la séance et auxquels le futur modèle ne pense pas forcément.

La porte du studio s’ouvre alors pour le déroulé d’une séance avec des modèles-types aux profils variés auxquels la photographe suggère des poses, tenues, accessoires et cadrages destinés à rencontrer leurs attentes en fonction de la destination finale des images et de leurs cibles. Qu’il s’agisse d’illustrer le site internet d’une entreprise commerciale, de mettre en valeur un individu ou une équipe pour une publication dans la presse ou tout autre contenu visuel à des fins de communication, le portrait corporate obéit forcément à d’autres lois que le portrait personnel et artistique.

S’il s’adresse naturellement en priorité aux photographes professionnels ou aux candidats à l’exercice de cette activité, cet ouvrage contient des enseignements pour les autres passionnés du portrait photographique, notamment quand il traite des types de portrait, de l’atmosphère d’une séance et de la relation entre le photographe et son sujet. Toujours concret, le livre montre à quel point chaque rencontre autour d’un portrait doit être abordée avec un mélange de délicatesse, de savoir et d’énergie. Bien appliquées, ces valeurs feront du résultat final un travail qui mettra en valeur la personnalité de la personne photographiée en lui apportant autant qu’au ou à la photographe une satisfaction non seulement professionnelle mais aussi personnelle.

Avec ce détour dans les coulisses du portrait professionnel, Milena Perdriel nous présente un plaidoyer honnête et convaincant pour sa spécialité.

(*) Portrait corporate. De l’accueil du client à la sélection des images, le déroulé d’une séance photo. Milena Perdriel. Editions Eyrolles, collection Ma séance photo. Broché, 142 pages, format 17X20, 25 €.

Trouver des sujets dans notre quotidien avec Harald Mante

Après la publication, il y a un an, de son ouvrage de référence dédié à la théorie des couleurs, les Editions Eyrolles diffusent un autre livre d’Harald Mante (*). Ce photographe, designer et profes­seur allemand issu du Bauhaus, âgé aujourd’hui de 85 ans, exerça une grande influence sur la photographie couleur, en particulier mais pas seulement dans son pays. La nouvelle parution est la refonte d’un ouvrage édité il y a 25 ans sous le titre Motive kreativ nutzen (Utiliser des sujets de manière créative), plus explicite au demeurant que le titre en français.

© Editions Eyrolles

Avec sa compagne, la sculptrice Eva Witter, Mante a remis l’ouvrage sur le métier, muni, nous dit-on en préface, d’un petit boîtier numérique et d’un smartphone afin de renouveler complètement les illustrations. Ceci nous vaut plus de 400 images à l’appui de courts textes qui nous invitent à puiser dans tout ce qui nous entoure des « motifs » (entendez des sujets) à photographier. Mante nous incite à garder les yeux ouverts, à aiguiser notre regard pour faire de ces « motifs », à priori banals, des images créatives.

Tout commence donc par la reconnaissance du sujet et se fonde sur le principe selon lequel « vous ne pouvez reconnaître que ce que vous connaissez déjà ». Mante a l’ambition de nous faire découvrir de nouveaux points de vue en trouvant matière partout: fenêtres factices, maisons mitoyennes dont les couleurs présentent un contraste, voitures en stationnement, mannequins en vitrine, cadre à l’intérieur du cadre, reflets et architecture en miroir, et même…toilettes publiques.

Une certaine banalité transparaît aussi dans les textes de l’ouvrage (« une ligne verticale divise l’image en deux parties, gauche et droite ») et la réactualisation de l’écrit ne va pas sans l’énoncé de quelques évidences: partant du constat qu’en raison des réseaux sociaux, « le délai entre la création d’une photo et sa diffusion est devenu très bref » et que « la plupart des sujets sont devenus quelque peu ordinaires », il faudra forcément trouver « des interprétations et associations nouvelles ».

Ce livre, dont le didactisme peut ou non s’apprécier selon votre sensibilité, permet par ailleurs de réfléchir sur la présentation d’une séquence photographique, depuis la paire d’images jusqu’aux séquences beaucoup plus longues. Mante nous présente ses propres séries comme celles réalisées à quatre mains, qui sont sans doute les plus originales. Un exemple: les deux partenaires, lors de la visite d’un château, utilisent exceptionnellement cette fois-là des appareils argentiques et notent que certains détails se chevauchent dans la mémoire. D’où le recours au procédé classique de la surimpression pour fusionner leurs vues de l’intérieur et de l’extérieur du château en une seule image. Et là alors, c’est vrai, nous sommes bluffés.

(*) La photo. Composition et motif. Harald Mante, Eva Witter. Adapté de l’allemand par Volker Gilbert. Editions Eyrolles. Cartonné, 190 pages, format 27×26, 28€.

Françoise Lerusse trouve sa voie dans le chaos de Bangkok

Françoise Lerusse vient de publier son deuxième livre de photographies (*). Cet ouvrage auto-édité est une très belle réussite.

Passionnée de photographie urbaine, Françoise Lerusse a voulu traduire en images son ressenti devant Bangkok, la capitale thaïlandaise, découverte lors d’un premier voyage en 2017. « La première impression est celle d’étouffement, d’écrasement, de chaos », explique-t-elle dans son texte d’introduction. Dans cette mégapole asiatique, en effet, tout — immeubles, infrastructures, véhicules, panneaux, boutiques, population se déplaçant par tous les moyens — participe à un invraisemblable enchevêtrement de lignes, de volumes, de couleurs. L’ensemble dégage une énergie constante et incontrôlée. Et sur tout cela se greffe une épouvantable pollution, environnementale et sonore. Autant d’éléments que la photographie, par essence, a du mal à traduire.

Tenter de relever ce défi en tant que photographe, c’était donc partir d’un redoutable constat : rien, dans le désordre de Bangkok, ne permet a priori de structurer ce qu’on voit pour en sortir des images. Pas le moindre vide ou espace pour organiser la vision.

Faute d’une lisibilité immédiate, comment rendre compte alors de cette confusion, de cette exubérance,, de cette agitation protéiforme?

© Françoise Lerusse

Animée d’une répulsion-fascination devant ce spectacle, la photographe a choisi, dit-elle, de suivre ses émotions. En jouant des et avec les reflets, en suivant les lignes et en composant habilement avec les formes, elle nous fait entrer dans cet extrordinaire bouillonnement. Le premier choc visuel passé, on se prend à trouver un semblant de sens, des directions qui guident l’oeil et qui font pénétrer plus avant dans l’enchevêtrement des matériaux et des humains.

© François Lerusse

La couleur vient à l’appui pour distinguer les formes et les êtres qui tracent leur chemin sur une invraisemblable accumulation à la verticale comme à l’horizontale. On regarde attentivement et on réalise qu’on est au-delà d’un rendu purement documentaire et qu’on se trouve en présence d’un projet réellement esthétique. Et on finit par décèler cà et là, devant le béton et à côté des signes, de subtiles touches de poésie.

Photographe belge partageant son temps entre trois pays, Françoise Lerusse se consacre depuis quelques années à la photographie après un parcours dans le journalisme audiovisuel et la publicité. Passionnée d’arts plastiques, intéressée par les villes, elle apprécie par ailleurs des horizons plus paisibles ou la douceur des vieux villages tels ceux du Var, où elle a trouvé le sujet de son premier livre, Dans les plis du vieux village.

Françoise Lerusse a accumulé elle aussi, à travers ses expériences passées, ses connaissances artistiques et le savoir-faire acquis au travers de ses formations, les atouts qui lui permettent d’exprimer par la photographie sa sensibilité. Tout cela a fait de Chaos un travail très personnel. Françoise Lerusse a superbement relevé son défi.

De format modeste, l’ouvrage est intelligemment conçu, imprimé sur un papier Munken Polar semi-mat judicieusement choisi pour ce propos.

Ce livre est à commander sur le site de Françoise Lerusse. 25 €, frais d’envoi inclus.

(*) Chaos. Françoise Lerusse. Postface de Mélanie Huchet. Direction artistique et mise en pages de Raphaël Lévi. Format : 150 x 200 mm, 68 pages. 28 photographies couleur. Imprimé par Yenooa.

Albert Watson, un maître de la créativité photographique

Andy Warhol, New York, 1985
© Editions Eyrolles

Né en 1942 à Edinburgh (ou Edimbourg, Ecosse), Albert Watson est l’auteur de photographies emblématiques créées depuis plus de 50 ans. La palette de son travail est très large, des portraits intimes à la photo de mode en passant par des paysages spectaculaires et des natures mortes. Watson est notamment l’auteur d’affiches de films, d’innombrables couvertures pour Vogue, Rolling Stone et Time ainsi que d’un calendrier Pirelli. Photographe des célébrités, ses campagnes publicitaires pour Chanel notamment lui ont valu le succès dans le milieu. Son portrait de Steve Jobs fit en 2011 la couverture de la biographie autorisée de l’entrepreneur.

Watson expose sa vision de la photographie dans le deuxième volume de la série Masters of photography que viennent de publier les Editions Eyrolles (*). Ce livre fait suite à celui consacré à Joel Meyerowitz dont nous avions rendu compte ici lors de sa parution en février 2020.

Masters of Photography s’est donné pour projet de faire appel aux plus grands photographes pour qu’ils nous guident et nous transmettent les enseignements de leur pratique. Pas d’exposés trop techniques mais plutôt des « leçons » (si on veut bien comprendre qu’il n’y a rien de rébarbatif dans le terme) dans lesquelles les maîtres exposent, dans des vidéos comme dans de séduisants petits livres, leurs méthodes et leur approche de la photographie. Les vidéos des Master Classes de Joel Meyerowitz, d’Albert Watson et de Steve McCurry sont disponibles en français sur: https://maitres.photo/

Dans ce livre et cette masterclass, Albert Watson dévoile notamment comment il a réalisé quelques-unes de ses photographies les plus célèbres dont son portrait d’Alfred Hitchcock destiné au magazine Harper’s Bazaar (1973). Le cinéaste, par ailleurs excellent cuisinier, devait y partager une recette pour Noël. Sur ce cliché pris à l’encontre des attentes initiales de son client mais jouant sur la personnalité et la réputation du cinéaste, le maître du suspense tient une oie déplumée par le cou comme s’il venait de l’étrangler.

Alfred Hitchcock and goose, 1973. © Albert Watson

Très sollicité par les magazines de beauté et de mode, Watson fit poser la jeune Kate Moss en lumière et en tenue toute naturelle pendant une longue journée au soleil du Maroc. Ce n’est qu’à l’issue de la séance que son modèle lui apprit qu’elle fêtait ce jour-là son 19è anniversaire. L’acteur Jack Nicholson fut apparemment complaisant lui aussi en restant longtemps assis sous la neige devant les montagnes du Colorado : le photographe, qui souhaitait cette image évoquant le dernier film à succès de l’acteur, eut le temps de prendre un petit déjeuner au chaud dans la maison de celui-ci avant de sortir prendre la photo. Avec Watson, c’est l’idée qui prime! En photo publicitaire comme dans les autres genres, en effet, le maître-mot du maître Watson est décidément la préparation: réfléchir avant la séance, trouver l’idée amusante ou qui fait mouche, définir le concept à faire passer.

En 20 chapitres qui peuvent paraître courts à la lecture, Watson couvre tous les domaines, de l’éclairage et du choix des objectifs au travail en studio et à la photographie de paysage dans son Ecosse natale (superbes images de l’île de Skye) ou au Maroc, qu’il découvrit en 1978 pour le magazine Vogue. Le photographe répondra dans les années 1990 à une commande du prince héritier, actuellement Roi du Maroc, un pays que Watson eut l’audace de photographier essentiellement en noir et blanc et où il passe désormais beaucoup de temps.

Aux photographes qui n’apprécient pas la technicité, je dis souvent qu’ils sont avantagés: toute leur concentration est dédiée à l’imagerie

Albert Watson

Ce petit ouvrage contient un avertissement fondamental, au coeur de la philosophie de Watson: ne jamais laisser la technique prendre les rênes au point de prendre le dessus sur l’image. La photo selon Watson, c’est 80 % de créativité et 20 % de technique. Une incitation à ne pas trop compter sur le post-traitement et à toujours s’assurer à la prise de vue que l’atmosphère générale et la lumière sont bonnes. Pétri d’idéées et doté des moyens de les réaliser, Watson se garde d’abuser des effets spéciaux.

Albert Watson à l’œuvre. 4è de couverture. Éditions Eyrolles.

Le livre est une parfaite introduction au photographe et vous donnera sans doute envie de passer plus de temps à voir à l’oeuvre et à écouter ce maître très influent. Vous apprendrez à mieux le connaître encore et à vous inspirer de ses méthodes au fil des six heures et demie de son enseignement en ligne.

(*) Albert Watson, une vision de la photographie. Editions Eyrolles. Format 14,5 x 20 cm, broché, 15,90 €.

La photographie numérique par Scott Kelby : le tout en un

© Editions Eyrolles

Photographe et formateur américain, Scott Kelby est un auteur prolifique dont les livres font l’objet de multiples traductions et republications. Les Editions Eyrolles, qui nous avaient récemment proposé les recettes de Kelby pour le portrait en lumière naturelle, viennent de sortir de presse une nouvelle édition mise à jour d’un ouvrage-compilation reprenant l’essentiel de ses conseils en photographie numérique (*).

Ce condensé se présente sous la forme de 220 fiches-articles : un conseil par page avec une illustration. Adapté de l’anglais par Gilles Théophile, le livre ne s’embarasse pas de théorie ou de longues explications, d’autant que le champ est très vaste. On vous épargne la table des matières de quatre pages et demie mais sachez qu’elle couvre les aspects techniques (la netteté, l’utilisation du flash), les objectifs, les genres de photo (paysage, voyage, portrait, mariage, sport), l’impression et quelques recettes plus spécifiques « pour des images de pro ».

Kelby annonce et respecte son propos : aller droit au but et vous offrir ses astuces de façon directe et très concrète pour choisir et placer son matériel, effectuer ses réglages, éviter les écueuils. C’est sans doute ce qui fait le succès de l’homme et de ses formations. La retouche et les aspects les plus complexes du post-traitement se prêtant moins à l’exercice simplifié par écrit, il renvoit à ses vidéos (en anglais) pour le tutoriel sur ces questions.

Scott Kelby © Peter Hurley

Ce livre-ci s’adresse donc essentiellement aux débutants comme aux photographes « de niveau intermédiaire » soucieux de s’améliorer ou de disposer d’un guide « tout en un ». Il ne fait pas l’économie, par contre, des habituelles plaisanteries que Kelby a coutume de placer en introduction de chaque chapitre. Elles ne sont franchement pas indispensables, surtout dans une traduction. S’il n’est pas avare de ses petites blagues ni de ses remerciements, ce bon Scott, qui dispense ses formations en ligne sur KelbyOne.com et dirige par ailleurs un talk-show sur la photographie (The Grid), a le don de vous prendre par la main sans vous abreuver de technicité. Certains seront tentés de lui disputer ou de nuancer l’un ou l’autre point mais ses explications peuvent valoir quel que soit la marque ou le modèle de votre appareil.

Scott Kelby livre tout simplement ici et sans fioritures le « comment faire » pour débuter et se perfectionner. Un « best of » de ses recommandations pour une bonne vingtaine d’euros.

(*) La photo numérique par Scott Kelby. Editions Eyrolles. Broché, 272 pages, 17×22 cm, 22 €.