Le temps d’un changement

Ce blog a plus de trois ans déjà. Il est temps, je pense, pour moi comme pour ceux qui m’ont fait l’amitié de me lire, d’éviter de tomber dans une certaine lassitude.

C’est dire que je sens le moment venu de changer la formule pour ne pas me complaire dans les redites, ne pas chroniquer des livres qui se ressemblent trop ou qui, s’agissant de la pratique de la photographie, reprennent inlassablement les mêmes thèmes ou les mêmes idées.

Je me dois de remercier les éditeurs qui m’ont fait confiance ces dernières années. Leur travail mérite notre intérêt mais aussi notre reconnaissance car ils n’ont pas la partie facile, tout particulièrement ces derniers temps. Les livres de photographes surtout ont trop de mal à trouver leur public. Le fait que tout le monde aujourd’hui peut se croire photographe ne contribue pas à mettre en valeur ce qui tranche avec le narcissisme ambiant.

Sachez que je garde toute ma curiosité pour la photographie artistique et que je continuerai de défendre mon l’amour des « belles images », d’une photographie qui traduit, avec les outils de cet art, une émotion, une sensation ou une perception de la réalité.

Je suis de plus en plus convaincu par ailleurs qu’il importe, pour ne pas s’y perdre et y perdre son temps, de garder la bonne distance avec les réseaux sociaux, même ceux que l’on dit indispensables — pour combien de temps du reste?

Je me propose donc de réfléchir à d’autres contenus et de me laisser porter dorénavant par d’autres envies, en me promettant de continuer d’écrire sur la photographie et sur d’autres choses comme de m’exprimer par d’autres moyens encore.

Tout cela sans oublier de faire mes propres images et de les partager sur mon site ou en galerie.

Nous nous retrouverons bientôt si vous le voulez, ici, là-bas ou ailleurs.

Bon vent à toutes et tous. Portez-vous bien.

Roland

© Roland Deglain
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La composition revisitée : une masterclass de Michael Freeman

© Editions Eyrolles

Photographe professionel depuis près de 40 ans, Michael Freeman a publié 78 livres traduits en 28 langues sur la pratique de son art. Parmi eux figure en bonne place L’Oeil du photographe et l’art de la composition, un grand succès du genre. Quinze ans après cette parution, Freeman revient sur le sujet sous la forme d’une masterclass et dans un ouvrage inédit (*).

Désignée et traitée ici comme l’outil le plus puissant pour exprimer la personnalité du photographe, la composition réussie, selon Freeman, est le résultat d’un effort et d’un entraînement constant pour se figurer comment une scène peut être traduite en image. « La plupart des photographes sérieux », dit-il, y pensent en permanence (…), même quand ils ne tiennent pas d’appareil photo ».

Mais comment les images sont-elles regardées et comprises? Pour générer l’intérêt et retenir l’attention, autant avoir quelques notions sur l’angle et le champ de vision. Des avancées sont intervenues ces dernières années dans les technologies de suivi du regard (eye tracking), qui mesurent en quels points et comment un observateur regarde une photo. Il n’empêche que les différences peuvent s’avérer marquées d’un observateur à l’autre.

Freeman explique ensuite les outils de la conception d’une image, à commencer par le point de vue (« de tout votre équipement, les deux éléments les plus utiles sont sans nul doute vos pieds ») ainsi que les optiques. On continue avec la façon de traiter les lignes, d’aplatir, de comprimer et d’organiser les formes. Freeman propose des schémas, du découpage à la suite de Fibonacci, la fameuse spirale liée au nombre d’or, tirant son nom du mathématicien médiéval qui l’a popularisée en sciences comme dans les arts.

© Editions Eyrolles

On ne regarde pas une image comme on regarde le monde réel. Une image a des bords qui nous poussent à chercher dans le cadre ce qui peut être intéressant.

Michael Freeman

L’ouvrage fait naturellement la part belle aux photographies impeccablement justes de Freeman, qui illustrent les notions et le propos pour chacun des chapitres. Un livre qui donne les clés pour penser son cadrage, exercer son regard, acquérir et revendiquer son style. Ne reste plus qu’à suivre les enseignements du maître.

(*) La composition. Michael Freeman. Les Masterclass. Adapté de l’anglais par Franck Mée. Editions Eyrolles. 1è édition 2022. 176 pages, broché, format 19 x 23,5. 23 €

Une réédition à signaler chez Eyrolles:

© Editions Eyrolles

Saluons la réédition de cet ouvrage destiné en priorité aux pros mais pas seulement. Pour vivre de son art, il faut le vendre et pour bien en vivre, il faut aussi bien savoir le vendre. Le livre d’Eric Delamarre permet au photographe d’apprendre à évaluer correctement ses prix et ses prestations. Mais l’ouvrage aborde également le cas des ventes des tirages d’exposition, fournissant aux auteurs, même amateurs, des indications bien utiles et des repères très précieux pour estimer la valeur de leur travail… ou de leur passion.

Les tarifs et le devis du photographe. Eric Delamarre. Collection Photographe Pro. Deuxième édition. 142 pages, format 14×20, 22 €.

Bel été à toutes et tous

Voir le monde en noir et blanc : 52 défis

©Editions Eyrolles

Brian Lloyd Duckett est un photographe britannique, spécialisé dans la photographie documentaire et la « street photography ». Une version française de son dernier ouvrage, dans lequel il propose 52 défis pour photographier en noir et blanc, est récemment parue chez Eyrolles (*).

Le modèle de ce type de manuel consiste à fournir 52 fois sur une double page (soit pour une fois par semaine, mais il n’est pas nécessaire d’accepter ce schéma) un « challenge » à relever dans un domaine de la photo, avec des idées, des astuces et des suggestions techniques. A prendre comme un petit guide pour essayer d’autres choses, sans craindre de faire des erreurs.

S’agissant du noir et blanc, vaste sujet au demeurant, Duckett invite, par exemple, son lecteur à prendre des clichés comme Cartier-Bresson, à réinventer le selfie, à trouver le bon angle ou à traduire la beauté des surfaces. De quoi mieux saisir la lumière et les ombres, les formes et les textures, en acceptant de voir le monde en noir et blanc.

Est-il préférable de photographier en couleurs et de convertir par la suite en noir et blanc lors de l’édition, ou faut-il utiliser le mode noir et blanc de l’APN? Duckett n’entend rien préconiser, même s’il préfère pour sa part opérer en RAW et traiter ses images a posteriori. Quitte, si on opte pour le RAW+Jpeg, à activer le mode monochrome afin de pouvoir visualiser l’image telle qu’on souhaitera l’exploiter.

Les 52 projets sont, comme à chaque fois, brièvement consignés dans un livre à petit prix et à petit format, qui trouvera facilement sa place dans un sac. De petits espaces sont réservés pour y noter ses expériences et l’ouvrage peut passer pour un cahier d’exercices.

Voilà pour le principe. S’agissant du noir et blanc, Duckett ne manque pas d’interpeller en préambule ceux qui pourraient s’interroger sur l’utilité de se priver aujourd’hui de la couleur. Sa réponse sonne comme une évidence: la pratique et la compréhension du monochrome incitent bien à simplifier la composition, à évaluer la lumière, à comprendre la photographie, tout simplement.

Sept autres ouvrages du même type ont été précédemment publiés dans cette collection, dont ceux consacrés à la photo de paysage, à la photo de voyage et à la photo de nature.

(*) Photo noir & blanc – 52 défis. Brian Lloyd Duckett. Editions Eyrolles. Collection 52 défis. 128 pages, broché, format : 14 x 21, 13,90 €.

Peter Lindbergh, photographe pour toujours à la mode


Peter Lindbergh by Stefan Rappo 2015 (cropped)
Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International

La photographie de mode est un domaine dont la vocation commerciale ne l’a pas empêché de s’apparenter souvent à la photographie artistique. Richard Avedon, Jeanloup Sieff, David Bailey ou F.C. Gundlach, pour ne citer qu’eux, l’ont parfaitement prouvé. Si la consultation des magazines est de nature ces dernières années à questionner cette affirmation forcément subjective, le genre a néanmoins ses maîtres et Peter Lindbergh en fait définitivement partie.

Photographe et réalisateur allemand, Lindbergh (1944-2019) a collaboré avec les grands noms de la mode et photographié pour eux les plus beaux mannequins. Parmi ses travaux les plus remarqués figurent la première couverture du Vogue américain et sa série de photographies prise à Malibu en 1988. On y découvrait, dans toute leur spontanéité, un groupe de jeunes femmes, toutes vêtues simplement d’une chemise blanche, sur des images qui devinrent rapidement iconiques d’une nouvelle génération de la mode comme de l’époque des star models. Estelle Lefébure, Karen Alexander, Rachel Williams, Linda Evangelista, Tatiana Patitz et Christy Turlington seront parmi les modèles les plus prisés de la décennie suivante aux côtés de Cindy Crawford et Kate Moss, qui se retrouveront souvent elles aussi devant l’objectif de Peter Lindbergh.

© Editions Taschen

Le recueil On Fashion Photography, d’abord publié par Taschen en format XL, a fait l’objet d’une réédition spéciale (*) à l’occasion du quarantième anniversaire de l’éditeur de Cologne. Le livre reprend des collaborations du photographe avec les plus grandes maisons de la mode, de Giorgio Armani à Alexander McQueen, de Christian Lacroix à Versace, de Karl Lagerfeld à Yves Saint Laurent. Dans la formule trilingue de Taschen et sous couverture cartonnée, la réédition met à notre portée, en format réduit mais pour un prix symbolique, plus de 300 images dont plusieurs jamais publiées, ainsi qu’une interview de Lindbergh: le photographe de mode, comme ses modèles, apparaît sans fard dans ses propos: « D’où commence l’histoire? Jamais des vêtements ».

Les rares clichés en couleur que contient cette compilation soulignent a contrario l’originalité du travail habituel de Lindbergh, adepte d’un noir et blanc s’inscrivant dans une contradiction totale avec le monde qu’il représente. Qui plus est, l’approche de Peter Lindbergh conjugue une forme de réalisme inspiré par ses origines et sa formation avec un humanisme généralement peu prisé dans le domaine pratiqué. Car loin des images glacées, froides et retouchées qui encombrent désormais les magazines et les font subsister par la publicité, Lindbergh se démarque en tournant le dos à la perfection pour mettre en valeur la personnalité ou l’expression chez son modèle. Les canons du genre sont résolument abandonnés et les mannequins semblent parfois inquiets et fragiles, proches et sublimes à la fois. Le modèle offre ainsi au photographe une beauté qui n’est pas que de façade.

Ce qui n’est que beau m’a toujours ennuyé. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui est puissant et vrai.

– Peter Lindbergh

On pourra, comme nous, préférer d’autres livres ou d’autres facettes de Lindbergh, qui a fait l’objet d’expositions multiples dans les lieux les plus renommés comme le Victoria & Albert Museum à Londres ou le Centre Pompidou à Paris. Mais c’est une sorte de pureté qui toujours s’impose chez lui avec des sujets qui apparaissent réellement à nu. C’est ce qu’a parfaitement transcrit ici la journaliste britannique Suzy Menkes : « Le refus de la perfection bien lisse est la marque distinctive de Peter Lindbergh : ses images plongent dans l’âme sans fard de ses sujets, peu importe leur familiarité ou leur célébrité. »

On trouvera aisément sur internet les images ainsi que des vidéos sur Peter Lindbergh. Contentons nous, avec une insistance toute particulière, de recommander comme une parfaite illustration de son style un petit film que réalisa Peter Lindbergh peu de temps avant son décès avec l’émouvante pianiste Irina Lankova pour une interprétation de Rachmaninoff: tout dans ces quelques minutes est sublime, touchant et tellement vrai.

(*) Peter Lindbergh. On Fashion Photography. 40th Ed. Taschen, relié, 15,6 x 21,7 cm, 512 pages,1,48 kg, 20€. Une vidéo en allemand sur Peter Lindbergh et sur ce livre peut être visionnée ici.

Patrick Chauvel, le « rapporteur de guerre » : l’album-témoin de RSF

©Patrick Chauvel, RSF

En décidant de publier en ce mois de mars 2022 un nouvel album de 100 photographies consacré au travail de Patrick Chauvel, l’organisation Reporters Sans Frontières (RSF) n’imaginait pas à quel point cette publication coïnciderait avec le tragique de l’actualité. Son impact n’en est que plus fort.

Pour le trentième anniversaire de sa série d’albums vendus en soutien à la liberté de la presse, RSF avait choisi, avant la guerre en Ukraine, de revisiter la carrière d’un reporter de guerre qui figurait sur la couverture du premier album de sa série.

Le premier album de la série RSF, paru il y a 30 ans.
En couverture Patrick Chauvel blessé au Cambodge

Ce jeune reporter apparaissant blessé lors d’un reportage au Cambodge a connu une carrière exceptionnelle. Agé aujourd’hui de 72 ans, Patrick Chauvel a pendant 50 ans couvert des conflits parmi les plus sanglants et les plus absurdes. Commencé avec la Guerre des Six Jours (Israël et pays arabes, 1967) et au Vietnam (1968), ce qui lui valut de vendre ses premières photos aux agences Associated Press et Reuters, son parcours l’a mené sur tous les fronts.

Dans les guerres d’indépendance en Erythrée et en Angola puis dans le conflit au Liban et sur bien d’autres théâtres d’opérations pendant les décennies suivantes encore, Patrick Chauvel a montré les êtres et les paysages dévastés par la guerre, les visages des combattants et des civils pris dans la folie. Il s’y est plongé corps et âme, du Salvador à l’Irlande du Nord, en Bosnie-Herzégovine comme en Irak, en Syrie et en Tchétchénie.

Accusé d’espionnage et emprisonné par un groupe palestinien, prisonnier plus tard des Khmers rouges au début des années 80, Patrick Chauvel vivra les conflits au plus près pour rendre compte du sort des anonymes qui font l’histoire, de leurs angoisses et de leur courage au milieu des destructions. S’imprégnant des histoires vécues et racontées à hauteur d’homme, il sait que les larmes arrivent aussi après l’action. Patrick Chauvel a pris 380,000 photos et payé son engagement de sept blessures graves; deux d’entre elles l’avaient même laissé pour mort. Egalement documentariste et auteur, il était encore présent en août 2021 au retour des Talibans en Afghanistan.

Rassemblant ses photos les plus fortes, ce nouvel album RSF constitue aussi le premier ouvrage essentiellement photographique de Patrick Chauvel. L’album, qui s’ouvre sur un avant-propos du reporter, contient des éclairages fournis par ses amis et autres légendes de la profession tels le grand James Natchwey.

A l’heure du conflit en Ukraine et des épouvantables souffrances infligées à la population civile, les images de celui qui se voit en « rapporteur de guerre » ne montrent pas seulement l’horreur et la vulnérabilité des populations impliquées dans les violences: elles sont comme des preuves éclatantes des extrémités auxquelles est confronté ceux qui font profession de montrer ce « milieu hostile à la vie » dans lequel il est « très difficile de se maintenir à la bonne distance », comme le souligne Christophe Deloire, Secrétaire général de RSF.

Car en montrant les photographies de Patrick Chauvel et les risques encourus dans la guerre, cet album RSF offre aussi un témoignage des conditions dans lesquelles les reporters exercent leur métier au service d’un bien parmi les précieux qui pèse aussi – cela s’est déjà vérifié – sur le cours de l’Histoire: révéler l’information au public. Comme le dit le reporter lui-même :

Salvador 1980. Une femme enceinte fuit les tirs avec ses enfants lors des obsèques de l’archevèque Romero
© Patrick Chauvel

C’est à nous, journalistes, de rechercher la vérité et de la diffuser par tous les moyens. Face à la fatalité des événements, notre jugement est soumis à rude épreuve et l’œil du photographe ne transmet que ce qu’il voit : un instantané de guerre. Mais comme il y a toujours plusieurs photographes, plusieurs journalistes sur un même conflit, cette succession de témoignages finira par raconter « l’histoire-bataille », au plus près de la vérité des faits.

– Patrick Chauvel

Créé en 1985, Reporters sans frontières se mobilise sans relâche pour l’indépendance et le pluralisme du journalisme, soutenant les journalistes sur le terrain par des campagnes de mobilisation, des interventions auprès des gouvernements et autres parties, des aides matérielles et juridiques, des moyens de sécurité tels les gilets pare-balles et les casques. Chaque année également, RSF publie le Classement mondial de la liberté de la presse, un indispensable outil pour recenser la situation du journalisme à travers le monde.

Tous les albums de cette série dont ceux que nous avons déjà chroniqué dans le passé (Vincent Munier et Philippe Halsman) sont autant d’hommages à la photographie, au dessin de presse et à la bande dessinée. Celui-ci, on l’aura compris, est réellement essentiel pour la compréhension du monde qui est le nôtre et pour la défense des valeurs qui devront nous permettre d’en sortir ou du moins de l’améliorer.

(*) Patrick Chauvel. 100 Photos pour la liberté de la presse, numéro 69. Vendu au prix de 9,90€ au bénéfice de RSF.

David Yarrow, maître en photographie naturaliste et artistique

David Yarrow, photographe britannique (écossais pour être précis) né en 1966, jouit depuis quelques années maintenant d’une grande réputation pour son travail sur le monde animal et les espèces en danger. Pas très loin d’un Nick Brandt sans doute mais oeuvrant sur un terrain géographique plus large et d’une manière plus immersive, cet ambassadeur pour Nikon apporte par son activité, également philantropique, sa contribution au mouvement conservationniste.

Une exposition David Yarrow est accessible en ce début d’année et jusqu’au 12 mars à la A. Gallerie à Paris (*).

© Editions Eyrolles

Dans le même temps, après ceux consacrés à Joël Meyerowitz et Albert Watson, un troisième livre tiré de la série « Masters of Photography » paraît chez Eyrolles (**). En 20 courtes leçons, David Yarrow y fait part de son savoir-faire et de son expérience, depuis ses débuts dans la photographie de sport. Le jeune David Yarrow saisit à 20 ans le footballeur Diego Maradona brandissant le trophée après la victoire de l’Argentine dans la Coupe du Monde de 1986. L’intérêt et le succès rencontrés par le cliché s’expliquent par l’emplacement judicieusement privilégié du photographe et par le regard du génie du ballon rond fixé sur l’objectif. Cette image restera emblématique de l’événement comme d’une époque de la photographie sportive d’avant l’auto-focus.

Auteur d’un parcours très particulier, celui qui fut ensuite banquier et même propriétaire d’un fonds d’investissement avant de se consacrer définitivement à la photographie distille dans ce condensé ses conseils de composition et de perspective comme de comportement dans les milieux naturels dangereux. Il raconte comment il se positionne ou positionne son déclencheur à distance car les modèles de Yarrow ne sont pas toujours pacifiques.

La « marque » photographique David Yarrow se décline en noir et blanc. Elle se caractérise par une netteté parfaite, valorisée au tirage confié à son complice Joe Berndt. Parmi les autres recommandations, Yarrow souligne l’importance du travail en amont de la prise de vue: « J’ai réalisé mes meilleurs clichés en quelques secondes mais j’y ai investi des heures de recherches », souligne-t-il. Mankind, son cliché de vachers pris en 2015 au Sud Soudan et qui a largement contribué à son statut actuel, doit beaucoup à cette préparation méticuleuse.

The Squad, 2019 © David Yarrow; courtesy A-Gallerie

Si le type de photographie qui a fait son succès justifie forcément de tels soucis, Yarrow se dit persuadé qu’il est essentiel d’anticiper pour réfléchir sur le type d’image que nous voulons capter et que cela se vérifie pour tout type de photographie. La recette mais surtout le talent de l’homme ont fait de lui en quelques années l’un des photographes les plus côtés et les mieux payés du monde. Ses tirages ont souvent le format d’une table de billard ou plus. Il entend en faire des objets de convoitise et assume son propos. Cela lui vaut parfois des critiques mais lui permet aussi de lever des fonds pour des associations caritatives. Un juste retour des choses pour un photographe qui reconnaît avoir beaucoup pris au monde naturel.

David photographiant des éléphants, 2016
(quatrième de couverture)
© Editions Eyrolles

L’ouvrage comprend les photographies les plus célèbres et les plus saisissantes de Yarrow, illustrant son approche qui ne consiste pas à documenter le comportement des animaux ni à faire du photoreportage. Chez Yarrow en effet, l’appareil est un outil au service du photographe et de son ressenti: « Commencez toujours par la question qu’est-ce que j’essaie de photographier, puis déroulez le processus ».

L’ambition de David Yarrow reste bien de créer des photos artistiques, des images qui se suffisent à elles-mêmes, avec leur profondeur et l’émotion qu’elles dispensent. C’est le coeur et la finalité de sa pratique. Et l’émotion dans ses images naît souvent du regard et des yeux de l’animal.

Comme pour les autres livres de cette série, les lecteurs désireux de voir le maître à l’oeuvre pourront se plonger dans les vidéos. La bande d’annonce de la Master Class de David Yarrow, disponible en français chez Maitres photographes, est ici.

(*) David Yarrow. A. Gallerie. 4 Rue Léonce Reynaud, 75116 Paris. Ouvert du lundi au vendredi 10>13 & 15>19; samedi 12>19.

(**) David Yarrow, Une vision de la photographie. Editions Eyrolles, collection Masters of Photography. Broché, 128 pages, format 14,5 x 20; 15,90 €.

Mirkine par Mirkine : une pluie d’étoiles sur un plateau

Il est rare que les photographes de plateau, ces habitués de l’ombre, soient à ce point mis en lumière. Un ouvrage-compilation, édité chez Flammarion (*), constitue un vibrant hommage à un duo exceptionnel en même temps qu’il illustre un bon demi-siècle de cinéma. Stéphane Mirkine nous y entraîne à la découverte de son grand-père Léo et de son père Yves (« Siki ») à travers leur travail de photographes sur près de 200 films, des années 1930 à 1980.

© Léo Mirkine/Coll.Mirkine
Editions Flammarion

C’est à une plongée dans les archives des Mirkine père et fils que nous sommes donc conviés. Stéphane Mirkine raconte leur parcours hors normes et partage 500 clichés longtemps réservés aux vitrines, aux collectionneurs et au milieu du cinéma : des images de tournage, des regards dans les coulisses, des portraits de vedettes sortis de la chambre noire: toute la magie du 7è art avec ses regards, ses atmosphères et ses émotions. Des clichés qui se devaient d’être accrocheurs car ce sont eux, comme s’en souviennent les plus âgés, qui devaient donner l’envie d’entrer voir le film à l’affiche.

Cette histoire commence dans la Russie natale de Léo Mirkine, à Kiev et Odessa (port russe aujourd’hui en Ukraine), quand un enfant fuit la guerre sur un chariot avant d’embarquer avec sa famille et de rejoindre les réfugiés russes sur la Riviera. Quelques années plus tard c’est le passage par Paris où Léo vadrouille muni d’un appareil photo. S’en suivent des allers et retours entre la capitale et Nice, un foyer qui se crée et les débuts, en 1930, d’une carrière de photographe de plateau. En quelques années, Léo Mirkine va participer aux tournages de 35 films. Sa maîtrise technique, la perfection de ses cadrages et sa virtuosité pour jouer des contrastes et de la lumière impressionnent d’emblée. Le jeune homme est très vite en phase avec la vision d’un réalisateur.

Dans les années 1930, Léo est sollicité par de grands metteurs en scène qui deviennent ses amis: Abel Gance, Claude Autant-Lara, Julien Duvivier, Jean Renoir. Il se fait un nom dans le milieu et ses clichés assurent la promotion des films dans les revues spécialisées que sont Ciné pour tous, Ciné miroir et Cinémonde. Léo restitue les personnages, tend leur portrait aux vedettes et saisit une présence avec une étonnante maturité. Mistinguett, Fernandel, Eric Von Stroheim, Michel Simon, Louis Jouvet et Pierre Brasseur ne sont que quelques-uns de ses modèles. A la différence peut-être du Studio Harcourt où c’est le procédé qui prime et fait la marque du portrait, les vedettes ici semblent se prêter à un jeu ou se composer un masque en complicité avec le photographe.

Revient la guerre, vécue à Nice, où le studio Mirkine servira pendant des années de boîte aux lettres aux réseaux de la Résistance. Après ses journées sur les plateaux, Léo fabrique de faux papiers, accueille les agents de Londres ou d’ailleurs, camoufle l’identité des pilotes alliés abattus par les Allemands afin de faciliter leur exfiltration. Arrêté un soir alors qu’il développe ses clichés pris sur le tournage des Enfants du Paradis de Marcel Carné, Léo est incarcéré puis déporté au camp d’internement de Drancy, où échoue également son fils. Sur son rôle à cette époque, Léo fera preuve d’une grande discrétion. Ne pas tout dire, peut-être pour inviter les suivants, sa petite-fille en l’occurence, à le redécouvrir dans ses archives. Père et fils retrouvent la liberte en août 1944, à temps pour que Léo se joigne aux assaillants de l’Hôtel de Ville de Paris occupé par les Allemands avant de donner à voir, par ses photos, l’horreur de Drancy.

Au milieu du XXè siécle, Léo, installé à Nice, jouit d’une réputation bien établie qui lui vaut d’assurer pendant longtemps encore la photographie de dizaines de films français et étrangers tout en développant son propre studio. Vont se côtoyer sous son objectif Gina Lollobrigida et Gérard Philipe (Fanfan la Tulipe, 1951), Brigitte Bardot et Jean-Louis Trintignant, la Callas et Jean Cocteau, ou encore Martine Carol et Orson Welles, Jean Gabin et Michèle Morgan, Simone Signoret et Yves Montand. Les media se disputent les images estampilées Mirkine et tous les réalisateurs de renom réclamant à leurs côtés un Mirkine avec son Rollei en bandoulière.

Léo porta par ailleurs et d’une manière plus occasionnelle un regard de reporter sur l’Afrique et l’URSS. C’est ainsi qu’il sera photographe-interprète sur Normandie-Niémen (1959), un film de guerre franco-soviétique valorisant la coopération entre une escadrille de chasse française et l’armée soviétique. Le propos transcende les désaccords idéologiques de l’époque du tournage et Léo, par ses origines, est un intermédiaire tout trouvé pour six mois de tournage à Moscou. Il en ramènera une moisson de photos, dont un portrait de Khrouchtchev, avant que les limites de la coexistence pacifique signent la fin de certaines illusions.

Léo avait aussi, depuis quelque temps déjà, laissé remonter une ancienne attirance, puisée dans ses études aux Beaux-Arts, et exploré l’esthétique du nu. Cette part moins connue et plus personnelle de son travail ne manquera pas d’influencer, entre autres, ses images de Brigitte Bardot dans Et Dieu… créa la femme (Roger Vadim, 1956).

Léo Mirkine et Kirk Douglas, 1980,
© Yves Mirkine/Coll. Mirkine

L’histoire des Mirkine, également passés derrière la caméra, fut longuement liée à celle du Festival de Cannes, notamment quand ils oeuvreront pour fournir les bobines sur l’événement annuel intégrées aux « actualités » de l’époque. On s’est arraché partout les clichés de Cannes des Mirkine, des images qui, au-delà des paillettes, parviennent à traduire la vérité des rencontres et l’humanité des stars qu’elles véhiculent. Autant de merveilles d’un temps où l’éclat se mariait à une certaine délicatesse et où la beauté s’harmonisait avec la légèreté. Kirk Douglas et Robert Michum, Sophia Loren et Grace Kelly, Cary Grant et Kim Novak, Romy Schneider et Alain Delon, ils sont tous là sous nos yeux gourmands.

Vient 1968 quand une nouvelle génération de réalisateurs, ceux de la Nouvelle Vague, saborde le festival de cette année-là. Léo reste dubitatif devant ces manières qui ne sont pas dépourvues sans doute d’une forme d’ingratitude. Il sait que sa jeunesse est derrière lui et que le cinéma, ses métiers et ses pratiques, sont en train de se transformer. Alors il prend du recul tout en visitant quelques tournages.

Léo Mirkine abandonne les plateaux à la fin des années 1960. La couleur supplante le noir et blanc qui lui est cher; un autre cinéma s’impose avec de nouvelles méthodes de travail. Mais la relève est assurée: son fils Siki a repris le flambeau et il a été à bonne école. Pendant la décennie suivante, Siki sera à son tour photographe de plateau et assistant-opérateur, notamment pour le prolifique réalisateur Georges Lautner aux studios de la Victorine. La saga familiale se prolonge ainsi tandis que se lève une nouvelle génération d’acteurs et d’actrices. Le récit des années Mirkine couvrira un grand pan du cinéma populaire, jusqu’aux « années Bébel ». Léo s’est éteint en 1982, suivi dix ans plus tard par son fils.

Les clichés réunis pour ce livre montrent à quel point les Mirkine ont toujours, à travers leurs objectifs, considéré les acteurs et actrices commes des individus. C’est la complicité qui saute aux yeux et les images mettent en avant le panache, aux antipodes d’une vulgarité fournie en pâture aux voyeurs selon une tendance qui n’a fait que s’exacerber depuis leur époque. Entrer dans ce livre et regarder les images des Mirkine permet d’appréhender leur place dans l’histoire du cinéma du siècle passé mais aussi de comprendre leur goût de la liberté comme leur refus de jamais se lier à une agence photographique. Un patrimoine précieux et incomparable est étalé sous nos yeux dans cet ouvrage imposant.

En parallèle à cette publication et jusqu’au 15 mai 2022, la Ville de Nice invite à découvrir l’exposition Mirkine par Mirkine : photographes de cinéma, au Musée Masséna. Plus de 250 tirages, une reconstitution du Studio Mirkine du 88 rue de France, des oeuvres originales et des archives inédites sur un demi-siècle du cinéma français.

(*) Mirkine par Mirkine. Editions Flammarion. 400 pages – 251 x 317 mm, relié, 75 €.

Photographier tout au long de l’année avec Tom Ang

© Editions Eyrolles


Voici déjà, à l’approche des fêtes, un livre destiné aux amateurs en panne d’inspiration ou désireux de trouver, au fil de l’an, de nouveaux sujets pour une pratique créative de la photographie. Photographier mois après mois, sous-titré Une année de pratique photo (*), ne s’embarasse pas trop de jargon mais contient un peu de technique tout en multipliant les propositions, quels que soient votre matériel, la couleur du ciel ou les conditions d’éclairage.

Surnommé le « photographe au chapeau mou », Tom Ang est un homme polyvalent, aussi à l’aise dans une séance photo classique que dans l’animation d’émissions de télévision sur une chaîne de la BBC. Né à Singapour en 1952, ce spécialiste de la photographie de voyage et notamment de l’Asie centrale, est un Ambassadeur pour Sony Digital Imaging.

© https://tomang.com/about-me/
Tom Ang, « le photographe au chapeau mou »

Basé aujourd’hui en Nouvelle-Zélande, Tom Ang est l’auteur de nombreux d’ouvrages sur la prise de vue et la retouche d’images numériques. Son Digital Photographer’s Handbook a fait l’objet de publications en une vingtaine de langues. On pourra consulter en édition française Le guide de la photo numérique et Toutes les techniques de la photo numérique.

Pour chaque mois, Ang nous suggère ici, à raison d’une double page par proposition, une douzaine de sujets ou de thèmes à explorer. Janvier, par exemple, devrait permettre de photographier les formations de glace, les beautés du givre et de ses effets magiques sur un paysage, le foliage ou une boîte aux lettres. C’est aussi l’occasion de figer le graphisme des ombres en forêt, de tirer parti des ébats d’un chien ou des traces d’animaux dans la neige.

Nul besoin pour autant de sortir de chez soi si le temps n’y incite pas. Le premier mois de l’année sera aussi le moment de créer dans son intérieur des images originales à partir des formes et des couleurs des objets qui nous entourent en s’essayant à une forme de photographie abstraite : songeons aux surprenants effets produits par la lumière à travers le verre.

Chaque saison, chaque mois réserve d’agréables surprises au photographe. Il suffit de les découvrir

Tom Ang

Tel est le schéma de cet ouvrage, qui regorge d’images joliment colorées dans une mise en page assez touffue. Le livre appartient donc au genre de ceux qu’on ira rechercher dans sa bibliothèque pour y puiser l’inspiration selon les jours plutôt que des manuels à emporter sur le terrain. Il s’agit de la traduction adaptée d’un livre paru au Royaume-Uni en 2013, dont une première édition française avait été publiée la même année chez Pearson.

(*) Photographier mois après mois. Une année de pratique photo. Tom Ang. Editions Eyrolles. Relié, 360 pages, format 19,5 x 23,5, 29,90 €.

Un rêve de photographe : composer et publier son livre

« Etre photographe ne se résume pas seulement à produire des images ». Comment ne pas souscrire à ce propos, point de départ d’un ouvrage on ne peut plus instructif que rééditent les Editions Eyrolles (*). Son auteur, Gildas Lepetit-Castel, est un formateur et professionnel de l’image qui a notamment publié L’Inspiration en photographie. L’ouvrage réédité a pour objet de nous expliquer par le menu comment concevoir son livre de photographe, de l’éditing à l’impression en passant par la mise en pages. Il s’adresse en priorité aux photographes désireux de s’impliquer personnellement dans cette réalisation en sollicitant un imprimeur qui les assistera à des degrés divers.

© Editions Eyrolles

Gildas Lepetit-Castel a lui-même auto-publié des livres et accompagné des photographes dans un tel projet. Passionné par l’édition comme par d’autres domaines, il nous présente un guide pratique dans lequel il expose toutes les étapes de la conception d’un livre de photographie que vous pourrez offrir et vouloir diffuser sur le marché. Il ne cache pas que ce type de projet requiert pas mal de labeur et d’énergie et qu’il prend forcément du temps. Chacun ne pourra que suivre son propre rythme. A titre d’exemple seulement, l’auteur envisage un planning de six mois, depuis la sélection des images jusqu’au bon à tirer (BAT), à la réception des copies et au dépôt en librairie.

Le sujet et le public du livre étant défini, on suit donc par le menu les différentes étapes, en commençant au besoin par une numérisation correcte. Le rassemblement de fichiers numériques permettra alors de penser utilement la maquette et la mise en page: choix du format, dimensions et nombre de pages, équilibre des éléments dans chacune des pages, couverture. Et puis d’aborder, de bien comprendre et de trancher toutes les questions que soulève le texte dont le choix d’une police de caractères, les mentions légales et les légendes.

On apprend à dresser et établir une demande de devis selon la qualité du livre, à choisir le type d’impression, la reliure, les vernis et le conditionnement. Il importe de savoir ce qu’il est permis ou non d’attendre de l’imprimeur: il faut savoir préparer correctement ses photos pour l’impression afin d’éviter les mauvaises suprises. Des interviews de professionnels de l’édition, de l’impression ou de la diffusion apportent les éclairages utiles et soulignent à quel point la réussite du projet commandera d’être bien conscient des responsabilités respectives de l’auteur-photographe et de son imprimeur.

Le sérieux dans l’implication s’impose à chaque stade, y compris dans la correction des épreuves, dans le dialogue à et avec l’imprimerie, et enfin dans les démarches commerciales pour vendre son produit fini, ce rêve enfin devenu réalité. Outre le désir de laisser une trace, la conception d’un livre de photographie telle que présentée par Gildas Lepetit-Castel est un véritable acte de création. Un aboutissement, en somme.

A nous de jouer.

(*) Concevoir son livre de photographie. Editing. Mise en page. Impression. 2è édiion. Gildas Lepetit-Castel. Editions Eyrolles. Broché, 190 pages, format 17×21, 26 €

Un autre regard sur le Tour de France : quand la caravane passe

© Editions Cardère. Denis Lebioda

Le Tour de France déverse chaque année son abondant torrent d’images, fixes et animées. Parfois dramatiques et souvent spectaculaires comme lorsque le Tour emprunte la montagne, ces images contribuent depuis longtemps à la popularité de l’épreuve.

Adepte d’une photographie artistique et documentaire, Denis Lebioda vit et travaille dans les Hautes-Alpes. Il se définit comme un photographe de territoire, s’attachant à traduire en images le quotidien des habitants de sa région. Plutôt que le spectaculaire, c’est le banal et l’envers du décor qui l’intéressent. L’auteur-photographe aime citer cette phase de Philippe Soupault: « L’authentique pour moi, c’est ce qui est vrai, dans ce monde où tout est faux, conventionnel, accepté ».

N’ayant pas de passion particulière pour la petite reine, c’est en écartant l’idée de saisir en pleine action les efforts des géants de la route ou les aléas de la course que Denis Lebioda a braqué l’an passé son objectif sur le passage du Tour de France dans la vallée du Champsaur. Il l’a fait les yeux grands ouverts sur les à-côtés de la compétition, sur les installations préalables au fil du parcours de l’étape, et le moment venu sur les attitudes des habitants devant ce qui vient perturber mais aussi pimenter leur vie.

© Denis Lebioda

La caravane publicitaire fait patienter les curieux dans l’attente des coureurs dont la traversée d’un village se fera souvent en moins de deux minutes. Elle assure une bonne part du divertissement comme du financement de l’épreuve. Dans ce bourg comme dans bon nombre d’autres villages de la « France profonde », le passage du Tour sera sans doute l’événement de l’année. Mais en cette maudite année 2020, l’épreuve a été retardée pour cause de covid et la fête au village s’inscrit dans un contexte de distanciation sociale. La spontanéité n’est pas absente mais elle est forcément canalysée.

© Denis Lebioda

Denis Lebioda a opté pour le format carré et le monochrome, signalant de la sorte son refus du sensationnel pour traduire son propos et ses choix. Il traque le détail ou l’insolite dans les préparatifs et l’attente de la caravane publicitaire, s’attardant sur les signes avant-coureurs (c’est le cas de le dire) comme la mise en place des barrières de sécurité et de la signalétique. Il s’amuse des pancartes et des associations, il saisit les inscriptions et les drapeaux. Ses clichés montrent les saluts et les gestes de ses concitoyens qui se laissent gentiment porter par cet emballement temporaire et canalysé.

Denis Lebioda restitue cette atmosphère bon enfant grâce à un cocktail d’humour et de bienveillance. Sa vision du Tour de France a comme un parfum d’autrefois et son approche des hommes et de leur milieu de vie n’est pas sans rappeler celle d’un certain Robert Doisneau.

On pourra se procurer cet ouvrage sur le site des Editions Cardère, une maison d’édition avignonnaise normalement spécialisée dans les thèmes du pastoralisme et des sciences humaines. L’éditeur a récemment lancé la collection Regard d’ailleurs, qui entend s’ouvrir à « la photographie des mondes qui ont un retard d’avance ». Outre cet ouvrage, on pourra y découvrir le regard du photographe Christian Malon sur Venise à pas lents, des images argentiques en noir et blanc qui ont inspiré le poète Joseph Pacini .

Visiter le site de Denis Lebioda.

(*) La caravane passe. Photographies de Denis Lebioda, textes de Guillaume Lebaudy. Editions Cardère. collection Regard d’Ailleurs. Broché avec rabats, 88 pages, format 20×25, 28 €.