Les frontières de la paix de Valerio Vincenzo

©Uitgeverij Lannoo

Le Festival Amiens Europe présente en ces mois de janvier-février 2019 Borderline : les Frontières de la Paix (*), une série photographique sur les lignes de démarcation – ou ce qu’il en reste – entre pays d’Europe. Ce joli projet de Valerio Vincenzo remet les choses en perspective et les idées en place en ces temps où les peuples et les Etats européens se replient sur eux-mêmes. Déjà présentée dans plusieurs festivals photo, la série a notamment remporté en 2013 le Prix Louise Weiss du journalisme européen, une première pour un travail de nature photographique.

A l’origine du projet figure la photographie prise en 1969 par Henri Cartier-Bresson du poste de douane française à la frontière avec la Belgique, au nord de Bailleul, sur la D73. Une image d’un passé que Vincenzo, né à Naples en 1973, a connu pendant sa vie d’étudiant et de jeune travailleur empêtré dans les difficultés pour obtenir en France un titre de séjour. Arrivé d’Italie grâce au programme Erasmus, il finit par passer du statut de migrant italien à celui de ressortissant européen. Devenu plus tard photographe indépendant, il a voulu rendre compte en images des transformations intervenues sur le continent. Depuis une bonne dizaine d’années maintenant, il sillonne régulièrement l’Europe, GPS et cartes à l’appui, pour découvrir et saisir à travers l’objectif quelque 20.000 kilomètres de lignes de partage entre nos pays.

Frontière entre Allemagne et Pologne.
© Valerio Vincenzo

Le constat est clair: quand bien même l’idée de frontière évoque des barrières ou des barbelés (ne parlons pas de murs…), seule une petite portion de ces démarcations prend encore véritablement de telles formes entre pays de l’Union européenne. Librement accessibles, ces limites sont devenues floues ou se sont carrément estompées avec la mise en application des accords de Schengen.

Les images qui composent cette série sont toujours carrées, souvent fort belles et quelquefois insolites: des estivants se rafraîchissent en terrasse, répartis de part et d’autre d’une « frontière »; un ancien poste de douane entre la France et la Belgique est devenu une boutique de chocolats. Rassemblées dans une publication de 2017 (**) et publiées ces dernières années par de grands organes de presse, les photographies de Vincenzo ne montrent pas seulement de façon concrète ou documentaire ces limites territoriales et la réalité de la liberté de mouvement en Europe. Elles nous amènent à nous interroger sur la signification de ces lignes de partage au XXIè siècle. Qu’est-ce qu’une frontière et que partage-t-elle? (réponse: un seul et même paysage, selon les images). Comment la marquer?

Frontière Belgique-France.
© Valerio Vincenzo

Les images qui composent cette série sont toujours carrées, souvent fort belles et quelquefois insolites: des estivants se rafraîchissent en terrasse, répartis de part et d’autre d’une « frontière »; un ancien poste de douane entre la France et la Belgique est devenu une boutique de chocolats. Rassemblées dans une publication de 2017 (**) et publiées ces dernières années par de grands organes de presse, les photographies de Vincenzo ne montrent pas seulement de façon concrète ou documentaire ces limites territoriales et la réalité de la liberté de mouvement en Europe. Elles nous amènent à nous interroger sur la signification de ces lignes de partage au XXIè siècle. Qu’est-ce qu’une frontière et que partage-t-elle? (réponse: un seul et même paysage, selon les images). Comment la marquer?

Frontière Pays-Bas/Allemagne/Belgique ©Valerio Vincenzo

Dix ans après sa première visite au poste de douane fixé par HCB sur sa pellicule, Vincenzo a retrouvé l’endroit, transformé mais préservé pour les générations futures comme témoin du chemin parcouru par l’Europe. Son corpus d’images sert lui aussi à montrer que l’histoire n’est pas figée. Pour faire bonne mesure, son album cite en préface quelques paragraphes du Monde d’hier de Stefan Zweig, lequel notait en 1941 dans son livre-témoignage qu’ « avant 1914 la terre avait appartenu à tous les hommes » et que « chacun allait où il voulait et y demeurait aussi longtemps qu’il lui plaisait ».

Autrefois consultant puis administrateur d’une ONG en Indonésie, Vincenzo vit entre les Pays-Bas, la France et l’Italie et travaille pour divers clients tout en poursuivant ses projets personnels. Ne pouvant se résoudre à ce que les frontières redeviennent autre chose que des lieux de passage, il poursuit ce projet à vocation itinérante. Il le présente également dans des écoles et des conférences en sus des expositions. Cette iconographie positive autour d’un concept souvent connoté négativement fait ressortir l’inanité des discours et des intentions de certain(e)s politiques en vogue dans nos pays. Des images empreintes d’une douce quiétude, témoignant des bienfaits de la pacification, de l’intégration et de la libre circulation entre les pays européens. Une valorisation originale d’un acquis précieux qu’il faut préserver.

(*) Maison de la Culture d’Amiens, 2 place Léon Gontier. Du 15 janvier au 28 février 2019.
(**) Borderline. Frontiers of Peace/Les Frontières de la Paix. Uitgeverij Lannoo/Lannoo Publishing, Tielt.
Suivre le photographe sur: https://www.valeriovincenzo.com/

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